Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 11:12

COMMETAIRE DE TEXTES, T.ES, 2011

 

Certains animaux ont sans aucun doute une personnalité ; ils possèdent quelque chose d'analogue à la fierté et à l'ambition, et ils apprennent à réagir à un nom. La conscience de soi humaine, en revanche, est ancrée dans le langage et (explicitement comme implicitement) dans des théories formulées. Un enfant apprend à utiliser son nom pour lui-même et, finalement, à employer un mot comme «ego» ou «je», et il en apprend l'usage avec la conscience de la continuité de son corps et de son moi. La grande complexité et la non-indépendance de l'âme humaine, ou de l'ego humain, sont particulièrement manifestes quand on considère qu'il existe des cas où des personnes ont oublié qui elles sont ; elles ont oublié tout ou partie de leur histoire passée, tout en ayant conservé, ou peut-être recouvré, une partie de leur ego. Dans un certain sens, leur mémoire n'a pas disparu, car elles se souviennent de la façon de marcher, de manger, et même de parler. Mais elles ne se souviennent pas qu’elles viennent de Bristol, ou alors de leur nom et de leur adresse. Comme elles ne savent plus rentrer chez elles (ce que les animaux savent faire en principe), leur conscience de soi est même tombée en deçà du niveau normal de la mémoire animale. Mais si elles n'ont pas perdu la faculté de parler, une conscience humaine supérieure à celle de l'animal est demeurée intacte.

 

Karl POPPER. Toute vie est résolution de problèmes (1994). trad. Cl. Duverney. Actes Sud, 1997, p.90

 

 

Si vous voulez voir une copie (anonyme) notée 13 et assortie des commentaires du correcteur :

www.elfege.com/anonymeDM3textePopper.pdf

 

 

 

 

             

Introduction (proposée par A. de Borville)

 

            Dans une époque où l’injonction d’ « être soi-même » est terriblement insistante, il convient de se demander ce qui peut fournir à l’individu cet accès à son identité, cette si précieuse « conscience de soi-même ».

            Cet extrait du livre de Karl Popper Toute vie est résolution de problèmes a pour thème la conscience, et, plus spécialement, la conscience de soi humaine, dans une comparaison menée avec l’animal.

Dès qu’on accorde à l’animal un accès à la conscience ( ce que fait Karl Popper au début de son texte), on ne sait plus ce qui distingue la conscience de soi humaine des formes animales de la conscience . C’est cette distinction essentielle que cherche ici Popper.

Tout le texte vise à établir que l’ homme prend conscience en parlant : c’est donc par le langage qu’il accède à « la continuité de son corps et de son moi ».

Vers la fin du texte, le cas de l’amnésie soulève la question du lien entre mémoire et identité personnelle. L’auteur réaffirme alors ce qui constitue l’essentiel de sa thèse : la clef de la supériorité de l’homme sur l’animal réside dans la parole. Pour l’être humain, c’est en même temps un accès à lui-même qui, dès l’enfance, lui est offert.

 

 

 

 

 


Introduction d’élève :

 

 

            Le texte auquel nous nous intéressons est extrait de l’ouvrage de Karl Popper : Toute vie est résolution de problèmes, rédigé en 1994. Cet extrait traite de la conscience humaine qui, d’après l’auteur et de nombreuses autres personnes, brille à un niveau supérieur à celui de la conscience des autres animaux. Il propose une réflexion sur le lien qui existe entre le langage et la conscience de soi de l’Homme, impliquant sa particularité de posséder et d’utiliser le « je » et la construction de son identité. Quel rôle joue alors la faculté de parler dans l’élaboration de la conscience de l’humain ? Selon Karl Popper, le langage est la clef de ce niveau de conscience. Nous verrons que pour le philosophe, les autres animaux possèdent bel et bien une conscience, mais que celle de l’ Homme est solidement unie au langage et que ce dernier apprend dès son enfance à prendre conscience de son « moi ». Nous nous attacherons aussi à étudier la démonstration de l’auteur, qui donne l’exemple des personnes souffrant d’amnésie, accédant difficilement ou n’accédant plus à leur mémoire bien que gardant le contrôle des facultés fondamentales comme la fonction motrice ou celle de la nutrition, et surtout celle de converser.

Par Scipion l'Africain - Publié dans : commentaire de texte
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 21 octobre 2011 5 21 /10 /Oct /2011 10:23

Commentaire d'un texte de Bergson extrait des Deux Sources de la morale et de la religion (1932)                                   

         Malgré quelques exceptions, quelques transgressions notables, l'humanité, globalement, fait preuve d'une remarquable docilité: cela commence avec le petit enfant obéissant  à ses parents; cela continue avec l'élève anxieux de satisfaire ses maîtres; cela se confirme avec l'adulte, respectueux des lois et des normes en tous genres.

Pourquoi une si grande force de l'interdit? Qu'est-ce qui fait que nous obéissons?

C'est la question centrale que se pose Bergson, dans cet extrait des Deux Sources de la morale et de la religion.

Et d'abord: d'où vient l'autorité de ceux qui ont autorité ? Leur obéissons-nous parce qu'ils sont légitimes ou simplement parce que nous avons pris l'habitude de leur obéir?

            Bergson commence son texte par l'évocation du tout premier interdit: l'interdit biblique (ligne 1 à 4), qui, mythiquement, représente une sorte d'enfance de l'humanité. De là, il bifurque vers l'enfance des individus (ligne 4 à 8) et leur confrontation concrète avec les interdits posés par les parents. La dernière partie est la plus importante (ligne 8 à 17): Bergson s'y pose la question de l'origine de l'autorité.C'est dans cette partie que Bergson explique sa thèse: derrière tout individu doté d'une autorité se tient la société toute entière. Est-ce que, pour cela, l'interdit est forcément absolu? Y a-til place encore pour de possibles transgressions?

            Bergson entame son texte avec l'évocation du « fruit défendu », par référence à l'interdit biblique (Genèse, 2;15 « Tu peux manger le fruit de tous les arbres du jardin, mais le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n'en mangeras pas, car le jour où tu en mangerais, tu mourrais certainement »). On connaît la suite: ils en mangèrent, et ne moururent point (même s'ils furent tout de même chassés du paradis). Ainsi, même quand c'est Dieu qui est à l'origine de l'interdit (et quelle autorité plus haute peut-on trouver?), l'interdit est transgressé: on voit qu'il y a une grande ambiguïté dans le propos de Bergson: son vrai objet de pensée est-il l'interdit, ou la possible transgression de l'interdit?

            Tout de suite, Bergson quitte la genèse de l'humanité pour aborder celle de l'individu: toute enfance est jalonnée d'interdits. Constat qui apparaît, dans le texte, sous la forme d'un regret: « Que n'eût pas été notre enfance si l'on nous avait laissé faire! Nous aurions volé de plaisirs en plaisirs »(ligne5) .Ainsi, le « vert paradis des amours enfantines » (selon les mots de Baudelaire) n'est pas si riant qu'il y paraît: partout, des parents aux sourcils froncés, agitant des doigts menaçants, promettant des fessées et autre sévices. Les interdictions: multiples, de plus en plus abstraites à mesure que nous grandissons (« ni visible, ni tangible » ligne 6 ), sans doute utiles à la société ou même à notre propre survie mais, avant tout, des « obstacles » à nos plaisirs. Car ce qu'explique Bergson, c'est bien que nous sommes séparés des plaisirs de l'enfance par un « si »: non seulement nous n'avons pas « volé de plaisir en plaisir » mais l'interdit nous a volé l'accès à bon nombre de plaisirs. On pense bien sûr aux manifestations de la sexualité enfantine, si constamment réprimée, et, à l'époque où écrit Bergson, certainement plus encore qu'aujour'hui. On pense aussi à Freud, qui, à la même époque que celle de l'écriture des Deux sources de la morale et de la religion, opposait le principe de plaisir ( le ça) au principe de réalité (composé du surmoi et du réel): tout n'est pas possible, tout n'est pas permis. Là encore, les projets de bonheur que l'individu se forge se heurtent aux divers « Non! » que les autres nous imposent. D'ailleurs, la remarque que fait Bergson sur le fait que nous n'accédons pas à nos souvenirs les plus anciens (ni l'interdit biblique ni le premier interdit auquel le petit enfant a été confronté) nous fait fortement penser à la théorie freudienne des « souvenirs-écran »: les événements les plus fondateurs de notre vie psychique, au lieu de laisser un souvenir marquant, sont quelquefois complètement occultés par un souvenir beaucoup plus anodin, dont la fonction (inconsciente) est de recouvrir le premier souvenir.

            Vient l'interrogation centrale du texte: « pourquoi obéissions-nous? »

Question que généralement, on ne se pose pas: « l'habitude » qu'on a prise d'obéir, fait, d'après Bergson, que nous ne nous posons (presque) jamais la question du bien-fondé de l'obéissance. Mais c'est précisément le rôle du philosophe que de poser les questions qu'on omet généralement de se poser.

Donc, la réponse qui veut qu'on obéisse par habitude n'est qu'une façon d'éluder la question: habitude et légitimité, ce n'est pas la même chose. Or, pour l'enfant, si l'autorité est légitime, c'est d'abord parce qu'il est dans un rapport d' inégalité par rapport aux adultes qui ont autorité sur lui (dépendance, soumission). C'est, ensuite, parce que ces adultes n'exercent pas l'autorité « en leur nom propre » mais bien parce qu'ils « occupent une certaine place » par rapport à l'enfant (pour le parent), par rapport à l'élève (pour le maître): c'est une autorité transcende ceux-là même qui la portent. Bergson parle ici d' “agir par délégation” (ligne 14). Le parent, le professeur, le policier, qui sont porteurs d'une interdiction ne disent pas « Moi, je... »; ils occupent des places (le PERE, la MERE, la LOI) qui les mettent en position d'énoncer des commandements.

            Ici, on voit bien qu'un problème se pose, car si la Loi est la même pour tous, on constate vite que les diverses consignes auxquels les enfants se plient dans le cadre de la famille sont très variables d'une famille à l'autre et même souvent, au sein d'une même famille, relevant d'un certain arbitraire (entre le fils et la fille, entre l'aîné et le dernier-né, et aussi en fonction du degré de patience ou d'irritabilité des parents, il peut y avoir bien des variations!). Toutes ces variations rendent l'autorité moins crédible, moins légitime: certes, c'est la société qui nous impose ses normes mais les éducateurs en fournissent une interprétation forcément déformante.

En langage freudien, nous dirions que ce texte nous parle de l'intériorisation de la contrainte (de la formation du surmoi). Mais qu'il prend mal en compte le fait que le Surmoi des uns n'est pas le même que celui des autres. C'est même une instance absolument individuelle.

            Deuxième question que l'on peut se permettre d'ouvrir: si Bergson répond à la question: « pourquoi obéissions-nous? «  ( au passé, dans l'enfance), n'est-ce pas pour que nous nous posions la question: pourquoi obéissons-nous ? ( nous = adultes, au présent) .Question plus délicate, et qui implique qu'on distingue deux cas de figure: de temps en temps, il arrive encore à l'adulte d'être dans un rapport de soumission : face au Juge, qui représente la Loi, face au Patron, auquel je suis subordonné (e), la question ne se pose pas: j'obéis parce que je ne peux faire autrement ou parce que je les reconnais comme dépositaires d'une autorité que je respecte : sans grande différence, donc, avec le cas de l'enfant. Deuxième cas de figure, plus intéressant: je suis dans un rapport d'égalité avec qui énonce l'interdit (Aristote appelait cela: la Justice entre égaux). Alors, il m'appartient de raisonner : a-t-il le droit de m'imposer cela ? Est-ce bon? Est-ce légitime? La notion d'autorité n'a plus lieu d'être: l'exigence d'obéissance s'abolit au profit d'un vaste espace de discussion, de négociation.

            Dernière question, s'inspirant de l'ethnologie: les sociétés du monde sont tellement diverses, leurs injonctions étant même quelquefois diamétralement opposées que quiconque en est conscient ne peut sentir que libéré par rapport à un certain nombre d'interdits qui relèvent de la convention sociale mais qu'on est toujours en droit d'interroger, de contester ou même de transgresser.

            Ainsi, ce texte de Bergson, qui s'interrogeait sur le fondement de l'autorité, nous permet aussi de remettre en question cette notion d'autorité . Si celle-ci est écrasante pour le petit enfant, profitons de la chance que nous avons de ne plus en être : il appartient à l'être humain, parce qu'il est capable de Raison, de juger par lui-même c'est-à-dire de jauger les divers interdits que la société prétend lui imposer. C'est à lui de choisir s'il s'y soumet, ou s'il ne s'y soumet pas (quitte à en subir les conséquences): si nous étions tout le temps les adultes courageux que nous devrions être, les seuls interdits que nous devrions respecter sont ceux auxquels nous donnons notre adhésion intime: les préceptes ques nous jugeons justes et bons (même s'ils impliquent des devoirs pénibles ou difficiles).

            

Par Scipion l'Africain - Publié dans : commentaire de texte
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 22:06

  Chacun connaît la phrase inscrite au fronton du temple d’Apollon, à Delphes :

« Connais-toi toi-même », idéal de l’Antiquité, (en grec : « Gnothi seauton ») élevé par Socrate au rang d’idéal de la philosophie.

Mais est-ce seulement possible ?

Si on part du postulat de l’entière clarté et transparence à elle-même de la conscience, sans doute ; mais si on fait l’hypothèse d’une certaine obscurité de la conscience à elle-même : si on pense qu’il y a vraisemblablement de l’inconscient en l’homme, cet idéal devient inaccessible.

Freud, médecin viennois qui vécut entre le XIX° et le XX° siècle, est reconnu comme l’inventeur du concept d’inconscient. Pourtant, il y a beaucoup d’occurrences antérieures, dans la littérature ou dans la philosophie, de cette notion d’inconscient. Tâchons d’expliquer cela.

 

Les inconscients préfreudiens : 

LEIBNIZ (XVII°): « théorie des petites perceptions » : des perceptions sans aperception… ?

L’inconscient, c’est l’inaperçu (au plus bas sur l’échelle de la conscience) : cf Kh L tome 3 p33 : à tout moment, il y a beaucoup d’objets qui frappent nos yeux ou nos oreilles :

«  L’âme en est touchée aussi sans que nous y prenions garde », parce que nous n’y faisons pas attention, mais si soudain l’objet redouble ses stimuli et attire l’attention sur soi, nous en prenons soudain conscience.

« C’est une grande source d’erreur de croire qu’il n’y a aucune perception dans l’âme que celles dont on s’aperçoit ».

Elles concourent à nos actions délibérées…sans que nous en sachions rien

Ex : qu’est-ce qui fait qu’à cet instant je tourne la tête vers la gauche plutôt que vers la droite ? C’est qu’il y a eu «  tout un enchaînement de petites impressions dont je ne m’aperçois pas » mais qui rendent le mouvement vers la droite plus malaisé que le mouvement vers la gauche.

C’est ainsi que des perceptions conscientes (bruit) peuvent devenir inconscientes sans pour autant disparaître (habitude du citadin).

 

DESCARTES : la physiologie : ensemble de mécanismes (locomotion, respiration, digestion, pousse des ongles et des cheveux…) qui sont totalement inconscients (automatismes du corps)

 

La spécificité de l’inconscient freudien :

C’est un inconscient qui concerne la conscience, qui agit sur elle ; qui joue avec elle.

Les inconscients préfreudiens sont seulement des négatifs de la conscience  (inconscient = non conscient). Avec Freud, on a autre chose :

l’inconscient est une force psychique active, qui obéit à des règles, même si ces règles sont autres que celles de la pensée consciente.

 

Insistons sur le fait que Freud n’est pas philosophe de profession : c’est un médecin, un praticien ; et c’est en tant que médecin qu’il a inventé, dans un but thérapeutique, une méthode d’exploration des zones inconnues du psychisme. Cette méthode s’appelle la cure analytique (ou : psychanalytique). Son but premier est donc de guérir un certain type de malades : les névrosés.

Ces sont en effet des malades qui ont mis Freud sur la piste d’une région inconsciente du psychisme humain.

 

Parmi les premiers  indices de l’existence d’un inconscient : le somnambulisme ; l’écriture sous hypnose, pratiquée par certains psychiatres dans l’entourage de Freud (Breuer, par exemple).

 

 

 

I – L’Inconscient  selon  Freud

Russ : texte 3 p 429 ; de l’abandon de l’hypnose ; en extraire les définitions  de la résistance et du refoulement.

La première patiente que Freud dit avoir guérie, il l’a guérie grâce à l’hypnose (Cinq leçons sur la psychanalyse : cas d’ Anna O.) : une hystérie qui se manifeste par une incapacité à boire alors qu’elle éprouve une soif dévorante. Sous hypnose, la patiente remonte au souvenir du jour où s’est manifesté pour la première fois ce dégoût de l’eau : après avoir vu le chien de la gouvernante, qu’elle détestait, boire dans un verre d’eau (et n’avoir pu, par politesse, manifester son dégoût). A son réveil, la malade demande un verre d’eau et le boit : son trouble a disparu pour toujours. Néanmoins, elle n’a aucune conscience de ce qu’elle a confié sous hypnose.

 

Hatier : texte 4 p 46 et 10 p 52 (à lire chez soi) : l’adresse de la Psychanalyse au Moi.

 

Première Topique (1900)

Ce que Freud appelle « topique », c’est une représentation spatiale d’une réalité non spatiale.

 
 

 

 

Le préconscient : une perception présente est rapidement transformée en souvenir ; elle est alors rangée dans le préconscient. Il suffit d’un effort de mémoire pour faire réapparaître ce souvenir à la conscience.

 

On voit que dans cette topique, le cerveau humain présenté comme une sorte d’iceberg, avec – de façon sans doute assez choquante, la partie consciente moins importante que la partie inconsciente.

 

Lire le texte 2 p 428 (Russ) : avec l’Inconscient, c’est la découverte d’une autre façon de penser que celle de la pensée consciente.

 

 

2)    Deuxième topique (1920)

Le psychisme est dès lors représenté comme une sorte de « maison à trois étages:

 

 

Le Ça (das ES) instance du « sous-sol », est l’instance la plus élémentaire de l’appareil psychique. C’est le siège des pulsions inconscientes (on appelle pulsion quelque chose qui est proche de l’instinct, de l’expression des besoins du corps, mais instinct métamorphosé par le fait qu’on se le représente). Ces pulsions cherchent constamment à traduire leurs exigences au sein de la conscience claire.

Freud le décrit parfois comme la « marmite où bouillonnent tous nos désirs refoulés »

 

Le Moi (das ICH) est le « noyau limité, organisé, cohérent et lucide de la personnalité » comme le dit Françoise Dolto. Il est à la fois conscient et inconscient. C’est l’instance qui assure l’ensemble des perceptions et des activités. Freud postule qu’il émerge vers 15 mois, quand est atteint le célèbre « stade du miroir ». (N.B : ne pas faire reposer là-dessus seulement toute prise de conscience : les dauphins et les chimpanzés aussi (on le constate quand on met une trace rouge sur le front des chimpanzés pendant leur sommeil)).

 

Le Surmoi (das UBERICH) est constitué par l’ensemble des interdits moraux intériorisés (interdits parentaux mais souvent en définitive interdits sociaux) : il est l’instance qui cherche à refouler les instincts : c’est lui qui exerce la censure, qui empêche le contenu du Ca d’accéder à la conscience.

 

Hatier : Texte de Bergson : 1 p 418 : l’interdit parental comme expression de la société toute entière  (Roussel p 189)

 

Hatier : Texte de Dolto : 5  p 47 : l’intériorisation de la contrainte : la métaphore des poissons rouges

Inhibition // intériorisation : avant 7-8ans, le Moi se heurte à la Réalité / après, il se heurte au Surmoi

 

Ces trois instances sont rivales. Il y a, notamment, un combat permanent entre le Ça et le Surmoi.

 

Russ : texte 10 p 435 : le pauvre Moi et ses trois « maître sévères »… « La vie n’est pas facile ! »

 

La vie psychique est donc le lieu du conflit, les exigences sociales et morales étant tenues pour incompatibles avec des désirs toujours affreusement inconvenants.

D’où, le refoulement  (voir la définition donnée dans la note 7 du texte 5 p 431, Russ)

 

« L’homme devient névrosé parce qu’il ne peut supporter le degré de renoncement exigé par la société au nom de son idéal culturel » Malaise dans la civilisation p 34

« Il est impossible de ne pas se rendre compte en quelle large mesure l’édifice de la civilisation repose sur le principe du renoncement aux pulsions instinctives » : elle postule la non-réalisation de « puissants instincts »  (ibid p 47)

 

 C’est comme s’il y avait en chacun de nous un « petit sauvage » affreusement bridé par la Civilisation.

Freud, faisant allusion à Diderot, dans son Abrégé de la psychanalyse : « Si le petit sauvage était abandonné à lui-même, qu’il conservât toute son imbécillité et qu’il réunît au peu de raison de l’enfant au berceau la violence des passions de l’homme de trente ans, il tordrait le cou à son père et il coucherait avec sa mère » (ceci fait penser à Hobbes quand il parle du « méchant » comme d’un enfant brutal)

 

Le refoulement est donc un fonctionnement absolument normal et que tout le monde connaît : un des apports principaux de la psychanalyse a été de remettre en cause la dichotomie précédemment admise entre normal/pathologique : d’une part, l’équilibre mental est quelque chose de très compliqué, jamais acquis définitivement. D’autre part, les névroses ne sont pas toujours graves ni irréversibles. La psychanalyse n’a donc pas ses « clients » attitrés : elle est susceptible de concerner tout un chacun, à un moment ou un autre de sa vie.

 

 

Entre le Ça et le Surmoi, le moi exerce un rôle d’arbitrage : il cherche à satisfaire les exigences du ça tout en respectant les interdits du surmoi : il cherche à concilier le principe de plaisir avec le principe de réalité.

 

Le « principe de plaisir » est issu des pulsions, qui cherchent toujours leur satisfaction immédiate (ainsi, le ça peut être vu comme une sorte de tyran qui veut « tout, tout de suite »)

 

Le « principe de réalité », ce sont les conditions matérielles de l’existence et les injonctions de la société (au sein de la réalité, la « res » = ce qui nous résiste)  (déf : voir aussi note 3 p 437 ; Russ)

 

N.B : attention à ne pas considérer trop vite que le ça est naturel (comme est naturelle la soif de jouir) et que le surmoi est culturel : nos désirs sont traversés par la culture / le surmoi est culturel parce qu’il est constitué par les interdits sociaux mais il prend aussi racine dans des aspirations instinctives : par exemple, le désir de protection et d’amour qu’éprouve le petit enfant envers ses parents. Un moyen de les obtenir, c’est de respecter les interdits parentaux.

 

 

Ainsi, parce que tout se noue au tout début de la vie psychique, les parents sont très importants pour le sujet : ils sont la clef de voûte de sa construction de lui-même.

Or, ils ont une position complexe puisqu’ils sont                           la source de toute  affectivité

 
 

 

 

 


                                                                                                      la source de tous les interdits

 

 

 

N.B : Refoulement ≠  frustration  (Sévérité du Surmoi)

Tout individu normal, vivant en société, est tenu de contrôler ses instincts (c’est-à-dire de leur refuser certaines satisfactions) : chacun s’impose donc une certaine dose de frustration  (« tous frustrés »…) mais, le surmoi du névrosé est plus exigeant : non seulement il interdit aux instincts de se satisfaire mais il les refoule.

N.B : le degré de sévérité du surmoi n’est pas directement corrélé à la sévérité des injonctions parentales : des individus ayant eu une éducation très douce peuvent élaborer une conscience morale extrêmement rigoureuse. Inversement, chez l’enfant élevé sans amour, la tension entre le Moi et le Surmoi tombe : toute son agressivité est alors susceptible de se tourner vers l’extérieur.

« La sévérité de la conscience provient de l’action conjuguée de deux influences vitales : la privation de satisfactions instinctuelles (qui déchaîne l’agressivité) + l’expérience de l’amour (qui m’incite à retourner cette agressivité vers l’intérieur et la transfère au Surmoi) »

cf Malaise… p 88

A partir de là, il arrive que l’instinct refoulé se « venge » en réapparaissant sous une forme symbolique : par des troubles psychiques divers (des  « symptômes » : troubles du sommeil, de la vue, de la voix, de la motricité, phobies etc)

Nous refoulons tous certaines pensées mais nous ne sommes pas tous des névrosés ;

 

Quand l’inconscient est en quelque sorte saturé, des complexes peuvent se constituer :

Un complexe est un ensemble de tendances psychiques refoulées qui perturbent l’équilibre mental du sujet ;

Le plus connu est le « complexe d’Œdipe » des petits garçons (dont le pendant féminin est appelé « complexe d’Electre ») : tendance à s’identifier à / à jalouser le parent du même sexe que lui et à aimer / désirer le parent de sexe opposé. Ce complexe est censé trouver sa « solution » entre 6 et 12 ans …ou bien être une cause (fréquente) de névrose.

 

 

 

 

II. Les voies d’exploration de l’inconscient psychique

Psychopathologie de la vie quotidienne

On peut être mis sur la piste de l’existence d’un inconscient psychique par de nombreuses manifestations « anormales » qui surviennent dans la vie de tous les jours

 

Texte 5 p 430 (Russ) : Freud

les bris d’objets

les oublis

les lapsi (lapsus linguae ; lapsus calami) : le mot prononcé par erreur = celui que l’inconscient aurait aimé nous voir dire

 

La source de ces « ratés », ce sont les désirs refoulés. Nous sommes devant des manifestations soit verbales soit non-verbales de désirs refoulés. C’est là que l’inconscient se révèle.

Principalement de deux manières 1) dans les actes manqués

                                                       2) dans les rêves

 

Pour Freud, ce qui importe le plus, chez l’homme, c’est le désir : c’est lui qui dit la vérité de l’homme : je ne suis pas défini(e) par mon identité sociologique, ni professionnelle ni…mais par mon désir.

Nous sommes des machines désirantes (≠ Descartes : des machines pensantes)

 

Les rêves et leur interprétation

Pour Freud, le rêve est la « voie royale  de l’exploration psychique » = le moyen d’expression favori des machines désirantes que nous sommes.

Un rêve est l’accomplissement illusoire (symbolique) d’un désir, une « réponse de pacotille » : les désirs – inconscients parce que refoulés à l’état de veille - se satisfont dans les songes.

 

Il y a principalement deux fonctions du rêve :

il est le « gardien du sommeil » : nous rêvons pour continuer à dormir

il est l’accomplissement symbolique d’un désir inconscient : processus de travestissement du désir. Pour tromper la vigilance de la censure (engourdie mais pas abolie), trois « astuces » : 1) le symbolisme

         2) le déplacement : Ce qui occupe le premier plan dans le rêve est loin d’être le plus important sur le plan de l’inconscient.                            

       3) le verrouillage : c’est une sorte d’élaboration secondaire : à l’approche du réveil, le rêve devient plus anodin ; c’est la dernière défense du secret de l’inconscient à l’égard de la conscience)

 

Trois catégories de rêves :

le rêve infantile  (NB : tout le monde peut en avoir) : le rêve qui voit la manifestation d’un désir clairement reconnaissable mais refoulé dans la vie diurne : dans le rêve, le désir apparaît de manière non-déguisée

Voir Le rêve et son interprétation p 31 : la petite fille de 19 mois soumise à la diète et qui nomme, dans son sommeil, tout ce qu’elle voudrait manger

Exemple donné par Freud : la cabane du petit garçon de Halstatt (Cf. Cinq psychanalyses)

 

le rêve qui exprime de façon voilée le  désir refoulé

Il y a alors une différence notable entre le contenu manifeste du rêve (la scénette qui se déroule en moi) et son contenu latent (les désirs cachés qu’elle exprime). Pour aller de l’un à l’autre, on est obligé d’avoir recours à une interprétation

 

En 1900, Freud écrit Die Traumdeutung. Il fait rentrer l’interprétation des rêves dans les compétences de l’analyste : le décryptage que l’analyste fait de nos rêves correspond exactement à l’inverse de ce que fait la censure (cryptage, symbolisation…)

On a le signifiant (la « scénette ») ; manque le signifié (le désir refoulé)

 

Pendant le sommeil, la censure n’est pas supprimée. Elle est cependant affaiblie. C’est pourquoi un certain nombre de désirs interdits se satisfont dans le rêve, à condition de savoir tromper la vigilance de la censure.

Exemple donné par Frinck : la dame qui achète un magnifique chapeau noir très cher (veuvage, séduction, difficulté  //  mari infirme, malade)

NB : le contenu émotif apparent du rêve est totalement déconnecté de son contenu émotif réel : exemple du « rêve des excréments » de Freud (dégoûtant / valorisant).

De même, un rêve qui fait rire le rêveur n’est pas pour autant un rêve joyeux.

Exemple du «  rêve du vieux monsieur » : un monsieur âgé rêve d’un homme qui pénètre dans sa chambre pendant son sommeil et qu’il n’arrive pas à faire partir, non plus qu’il n’arrive à allumer la lumière. Echec des tentatives de sa femme (en déshabillé) pour éloigner l’inconnu. Le rêve se termine par une crise de rire inextinguible (et atroce) du sujet. Ce rêve est un rêve de mort : l’inconnu indésirable = la mort ; ne pas parvenir à rallumer la lumière de la vie ; l’intervention de son épouse fait référence à sa collaboration à de récentes tentatives de coït, ratées. Le jour qui suit le rêve, le sujet se sent épuisé et accablé.

 

le cauchemar : là, le désir profond n’est pas refoulé : l’angoisse va prendre alors la place de la censure. Sa fonction est de susciter rapidement le réveil. L’angoisse est alors l’outil de la censure pour éviter le passage de l’inconscient à la conscience.

Quand le représentant du désir est mal déguisé, il y a naissance d’un conflit anxiogène.

 

Russ, texte 6 p 431 : contenu manifeste et contenu latent du rêve

Ceux que le rêve intéresse peuvent aussi lire les textes 7 et 8 ( Russ)

 

La cure psychanalytique

Russ, texte 4 p 430 : le « cas Elisabeth » : Freud et Breuer Etudes sur l’hystérie

C’est la toute première guérison par la psychanalyse dont se targue Freud.

Elisabeth s’appelle en réalité Ilona Weiss ; c’est une jeune femme de 25 ans de nationalité hongroise. Elle est atteinte de douleurs aux jambes qui, par période, lui procurent même des difficultés à marcher.

Avec « Elisabeth », Freud élabore la technique de la libre-association des idées ; grâce à laquelle le barrage de la censure est dépassé : Freud découvre la jeune fille amoureuse de son beau-frère. C’est parce qu’elle rejette l’idée de cet amour « inconvenant » qu’Elisabeth voit l’apparition de ses premiers symptômes lors du décès de sa sœur (ayant désiré –inconsciemment la mort de sa sœur, Elisabeth ressent une insupportable culpabilité – inconsciente elle aussi - lorsque cette mort survient). Si ses cuisses sont neutralisées, c’est à cause du plaisir érotique que son surmoi a refoulé : conversion (typique de l’hystérie) du psychique vers le somatique (cf. Magnard p 40).

C’est aussi sur ce cas que Freud théorise la notion de résistance (manifestée ici par la rébellion de la malade placée devant l’interprétation de l’analyste)

 

 

 

Quelles maladies Freud prétend-il soigner ?

Les névroses : affections mentales (ex : impulsions suicidaires, insomnie, frigidité, obsessions, phobies, hystéries…) sans altération profonde de la personnalité. Parmi elles beaucoup sont des hystéries : névroses où les symptômes sont essentiellement des substituts de satisfaction de désirs sexuels non-exaucés.

Le nom de névrose est issu du XIX° siècle : dans l’ignorance où l’on était de ce genre de troubles, on les rattachait aux « nerfs »…de la même manière qu’on ramenait l’hystérique à son utérus, la sexualité féminine étant désignée comme morbide.

Chorbak, médecin viennois : la seule ordonnance valable pour l’hystérique : « pénis normalis, à renouveler »

Rappelons aussi que Molière se moque des « malades imaginaires » et que l’Eglise recommande l’envoi de prêtres exorcistes dans les hôpitaux psychiatriques.

Bref, Freud a grandement contribué à ce que ce type de maladies, ce type de souffrances, soit pris au sérieux ;

Freud en propose une cause toute nouvelle : les conflits entre le Moi, le Ça, le Surmoi.

 

Les psychoses : affections mentales altérant la totalité de la conscience et aliénant complètement la personnalité (ex : schizophrénie ; paranoïa ; délire hallucinatoire). Il y a alors abdication du Moi sous l’empire du Ça. Freud reconnaît, dans la plupart des cas, être impuissant à guérir les psychoses. Dès lors, elles relèvent plutôt de la psychiatrie.

 

Dans les névroses, le patient est conscient de son état et souhaite être guéri/ dans les psychoses, non.

 

Quelle est la fonction de la cure psychanalytique ?

Faire passer le refoulé de l’inconscient à la clarté de la conscience

A cela, deux buts possibles :  1) guérir

                                                2) vivre une sorte d’ « aventure de l’esprit », où l’on remonte aux tréfonds de son enfance et où l’on a l’occasion – unique- de découvrir qui l’on est vraiment (au cœur de l’homme : le désir)

 

 

Quelle est sa méthode ?

On a deux participants : l’analysant / l’analyste

« Transformer les conflits en récits » (sur le principe : un mal                  des mots)

La psychothérapie est souvent nommée « talking cure ». En effet, la parole est le matériau analytique par excellence.

Freud part du principe que, dans le développement de la vie psychique, toutes les étapes antérieures sont conservées (possibilité de régression) : dans Malaise dans la civilisation, illustration par une analogie avec la ville de Rome (s’il était possible de voir en elle toutes les enceintes et les monuments successifs) :

Trois stades de développement du petit d’homme : 1 : Stade oral

                                                                        2 : Stade anal

                                                                        3 : Stade génital

 

Le patient remonte ainsi au plus lointain de son enfance (moment très important car formation de la personnalité et moment de l’apprentissage de la frustration) :

Texte de Freud sur le « jeu de la bobine » : « fort » « da » cf. Kh texte 9 p 217 : de la découverte des « objets transitionnels » pour apprivoiser l’idée de l’éloignement de la mère

L’enfance est aussi l’âge des traumatismes : les plus graves sont inconscients autant qu’indélébiles. (ex : Dans Dreams of my father, Barack Obama raconte ce qu’il présente comme son premier traumatisme, à 9 ans, dans une salle d’attente : il y découvre la photo d’un homme noir âgé, souffrant de multiples dégâts physiques laissés par un traitement « blanchissant »…le monde dans lequel le petit garçon a été bercé s’écroule !)

Dans Cinq leçons sur la psychanalyse, Freud explique que dans le rêve, c’est l’enfant qui s’exprime en nous.

C’est aussi dans l’enfance que se fait l’apprentissage de toutes les contraintes liées à la sexualité

Reprise des mots du poète romantique anglais Wordsworth : « l’enfant est le père de l’homme »

 

Son but ?

La catharsis : purification, sorte de « purge » des passions. La verbalisation des souvenirs refoulés joue le rôle d’une sorte de « ramonage psychique »

Dès que quelque chose d’inconscient redevient conscient (tel souvenir obsédant), l’état mental s’améliore.

 

Son protocole ?

Le divan = l’abandon du corps

La pénombre = pas de vision directe de l’analyste

On est proche de la méthode scientifique d’isolement d’un corps chimique : la situation d’expérimentation qu’on veut créer en laboratoire : l’évacuation de tous les paramètres extérieurs

La « règle de non-omission » : le patient est tenu de ne rien cacher des idées qui lui traversent l’esprit (même insignifiantes, même inconvenantes) : il lui est simplement demandé de parler de tout ce qui lui « passe par la tête » selon la libre-association des idées. Telle est la méthode dont Freud pense qu’elle peut faire tomber les blocages de l’esprit critique (« je vais me ridiculiser ») et de la censure

L’analyste écoute l’analysant dans une attitude de « conscience flottante » : il fait autant attention à ce qui n’est pas dit qu’à ce qui est dit (silences, hésitations, bégaiement…). Il est attentif au comportement global de l’analysant (les instants où il se trouble, ses oublis de séance, ses « blancs ») : par là, il tâche de repérer les résistances du malade (c’est là que la censure est au travail)

 

Les paroles prononcées par l’analysant sont tout sauf abstraites : elles font jouer pour lui des choses très profondes : distinction parler / bavarder

Parce que les paroles prononcées lors de la séance engagent l’affectivité du Sujet, il peut arriver que se produisent des phénomènes d’abréaction : manifestation somatique, décharge d’émotion par laquelle le Sujet se libère de l’affect attaché au souvenir d’un événement traumatique.

 

Le transfert : le processus par lequel les désirs refoulés s’actualisent en se transportant sur certains objets dans le cadre de la relation analytique.

Par exemple « l’homme aux rats », jeune homme suivi par Freud, rendu malade par l’insupportable tension psychique qu’il éprouvait entre, d’un côté, son père et le « mariage de raison » proposé par celui-ci et, de l’autre côté, la jeune femme désargentée dont il est tombé amoureux. Lors de la cure (qui a lieu au domicile de Freud), il croise régulièrement dans l’escalier la fille de Freud : elle le trouble beaucoup par ce qu’elle incarne : la jeune fille « convenable ».

Dans le transfert, il y a une actualisation du passé (souvent, la répétition de stéréotypes infantiles)

Il y a également un déplacement de la libido du Sujet sur la personne de l’analyste. L’analyste joue ainsi le rôle de catalyseur.

La libido, c’est la pulsion sexuelle telle qu’elle apparaît dans la vie psychique.

On parle de transfert positif pour les cas (ou : les moments) où le Sujet ressent de l’amour pour l’analyste / on parle de transfert négatif quand le transfert prend le visage de la haine (voire : du désir de meurtre)

 

Au transfert, il est très important que l’analyste réponde par le silence ou par le refus (il ne doit pas faire de « contre-transfert » : le bon analyste sait bien qu’il n’est pas le véritable destinataire de cet amour/haine)

 

La psychanalyse fait une large place à la notion d’interdit, très souvent envisagée comme une notion positive : l’inter/dit est l’écart qui vient rompre la relation duelle (ex : besoin/satisfaction). De plus, c’est lui qui ouvre l’espace du « dire ».

Sans oublier le rôle structurant de la Loi (cf. Jacques Lacan).

Une des modalités de l’interdit : le silence. Il joue un rôle très important dans une cure analytique (les silences du patient = ses résistances ; le silence constant de l’analyste ; celui qui répond au transfert : refus qui renvoie à la loi).

Le silence joue le rôle de la mort : celle de l’imaginaire.

 

 

 

Parce qu’il y a de l’interdit, l’homme peut se lancer dans la voie de la sublimation, investissement de la libido dans les domaines intellectuels, artistiques etc.

« Comme l’être humain ne dispose pas d’une quantité illimitée d’énergie psychique, il ne peut accomplir ses tâches qu’au moyen d’une répartition opportune de sa libido. La part qu’il en destine à des objets culturels, c’est surtout aux femmes et à la vie sexuelle qu’il la soustrait » Malaise dans la civilisation p 55

 

Texte de Freud sur l’art : Russ : 13 p 437 / Hatier : 14 p 147 : c’est le passage du principe de plaisir au principe de réalité qui suscite la création (compensatoire) d’un monde imaginaire.

Quelle est la différence entre l’artiste et l’homme ordinaire ?

 

A la fin de la cure analytique, l’analyste nomme la vérité du désir du patient.

 

Rôle majeur de l’histoire personnelle : aux yeux du psychanalyste, l’individu est tel que son histoire l’a fait : il est son passé.

La cure a pour but de me faire prendre conscience de mon passé, et, ce faisant, de m’en délivrer, de m’en détacher : si la cure réussit, on ne plus dire simplement que le malade est son passé mais, plus sainement, qu’ila un passé.

 

Rôle majeur de la sexualité : pour Freud, il s’agit d’une donnée fondamentale – et même, de LA donnée fondamentale de la personnalité: la libido est la source principale de toute l’énergie psychique.

Cette hypothèse a beaucoup choqué les contemporains de Freud.

On parle du pansexualisme des théories psychanalytiques.

 

Texte de Freud in Essais de psychanalyse appliquée, Roussel 100 p 174 / KH.L 1 p 32 :

« Tu crois savoir tout ce qui se passe dans ton âme (…) tu te comportes comme un monarque absolu »

 

 

 

 

III. Critiques de la psychanalyse

Critique féministe : Critique qui porte sur la façon dont la psychanalyse parle des femmes et des hommes (le « continent noir de la sexualité féminine », selon les mots de Freud). La petite fille, disent les féministes,  n’est pas le « petit garçon avec un pénis en moins » que s’imagine Freud. En effet, la vision que Freud se fait des sexes semble être entachée de ses propres préjugés (voire : de ses propres fantasmes). Ainsi, l’angoisse de castration….n’est-ce pas interprétable comme un retournement ? (par exemple de l’immense déception ressentie par le petit garçon quand il comprend que jamais il ne portera de bébé dans son ventre… ?). Sans cesse, les théories freudiennes ont une vision négative de l’être-femme : la femme serait habitée par le « désir de pénis » ; elle serait passible des catégories du manque, du vide, du « trou » (obstination à voir le sexe féminin comme une absence de sexe).

Certaines lectures féministes ont l’intelligence d’inverser le rapport analytique = on lit les théories de Freud comme un psychanalyste décrypterait le discours du patient : Freud nous parle-t-il d’un « inconscient universel » ou de sa névrose personnelle ?

 

Critique de Deleuze et Guattari (in L’Anti Oedipe) : La psychanalyse est critiquée pour son réductionnisme : sa tendance à tout ramener au seul « triangle oedipien ». Or, il est grotesque de prétendre que l’enfant, même petit, ne connaît que Papa-Maman : il sait toujours très bien qua Maman a un patron ; que la famille est aisée ; que Papa est au chômage ou que le pays est en guerre. Ainsi, la psychanalyse commet une grave erreur en faisant abstraction de toute dimension sociale, historique, économique.

(Voir aussi l’article de Robert Castel « le Psychanalisme » in Philosopher tome 1)

De même, Freud ne fait-il pas trop peu de cas des différences de cultures (ethnocentrisme) ?

Ainsi, l’ethnologue Malinowski, étudiant en 1924 les habitants des îles Trobriand, a montré que, dans cette culture, fondée sur le droit maternel, la notion de concept d’ Œdipe n’avait aucun sens.

 

 

Critique de Karl Popper : Il existe deux catégories de théories et deux seulement :

1) les théories scientifiques

2) les théories métaphysiques

 

Les deux types de théorie ont leur mérite (encore que la préférence de Popper aille aux théories scientifiques). Le tout est que leur statut soit clair. Or, ce n’est pas le cas des théories psychanalytiques. Les théories psychanalytiques sont des théories métaphysiques qui tendent à se faire passer pour des théories scientifiques.

 

Il y a deux façons d’appuyer une théorie (« tous les corbeaux sont noirs ») :

soit trouver des faits qui vérifient la théorie (mais combien en faut-il ?) : vérification

soit trouver UN fait qui contredit la théorie (la théorie est alors réputée fausse et abandonnée) : invalidation.

(Soit l’affirmation « tous les corbeaux sont noirs », la vérification consiste à compter combien de corbeaux valident la théorie/ l’invalidation consiste dans le fait qu’un seul corbeau blanc suffit pour abandonner la théorie).

Les théories non scientifiques procèdent par vérification. Seules les théories scientifiques se soumettent à l’invalidation.

 

Les théories scientifiques ont l’immense mérite d’être des théories falsifiables, c’est-à-dire des théories qui acceptent pleinement la valeur invalidante de l’expérience (toute théorie réfutée par l’expérience est abandonnée) ≠  les interprétations de la psychanalyse  se prétendent définitives (l’inconscient est infalsifiable).

La théorie scientifique, c’est celle qui admet un déséquilibre : on peut avoir 100 faits qui semblent confirmer la théorie et un seul qui l’infirme, on prend au sérieux le fait qui l’infirme.

Au contraire, en psychanalyse, on cherche les « preuves » du côté de la vérification (« vous voyez bien : je vous ai guérie ! ») et on dénie à quiconque contredit la théorie toute capacité à la remettre en cause.

 Ainsi, la psychanalyse est un système clos. 

En effet, tout rejet de la psychanalyse est interprété comme une manifestation de la résistance et donc…commué en preuve (si vous rejetez mes thèses, c’est que cela vous gêne : vous avez donc bien quelque chose à cacher !). Le psychanalyste est habitué au refus de son interprétation, cela lui paraît normal ; mais, dès lors, il est très difficile d’adresser à la psychanalyse des objections qui soient prises au sérieux.

 

Critique de Sartre : L’inconscient psychique fonctionne comme un alibi : il nous permet d’éviter de nous sentir libres (d’éluder le « courageux combat de la liberté »). Si l’âme est l’ « iceberg » décrit dans la 1ère topique, la responsabilité humaine en est beaucoup minorée. Qui peut se dire : « ce n’est pas (le) Moi, c’est (le) Ça ! », a la conscience plus légère.

A contrario, être conscient de tout, c’est être responsable de tout : Sartre remplace l’idée d’inconscient par l’idée de la mauvaise foi: il nous tient en quelque sorte ce discours : «  ce que vous ne savez pas, c’est que vous ne voulez pas le savoir »

Voyez-vous clairement la différence ?

 

Hatier 9 p 51-52 / Russ  6 p 531 : Sartre réfute le schéma de la 1ère topique : l’opposition duelle de la conscience à l’inconscient. Ce dualisme Conscience / Inconscient n’existe pas car il y a un 3ième terme : le censure.

Or, pour être à même de censurer, ne faut-il pas savoir ce qui est à censurer ?

Ainsi, Sartre pose que la censure a nécessairement conscience des désirs inconvenants. Pour refouler, il faut nécessairement savoir ce qu’on refoule. C’est donc tout à fait consciemment que s’effectue le refoulement.

Par conséquent, « la conscience prend conscience de la tendance à refouler pour n’en être pas conscience » : le refoulé, c’est ce que je me cache à moi-même.

N.B : dans un mensonge « normal », il y a deux sujets : 1) le trompeur (ici: le ça)

                                                                                          2) le trompé (le moi)

La mauvaise foi est un « mensonge à soi-même » où le trompeur = le trompé = le Moi

 

Alors que Freud base son raisonnement sur un dualisme conscience/inconscient, Sartre pose l’existence de trois instances ( il y rajoute la censure)…mais ces trois instances se réduisent finalement à une seule : le Surmoi (= la censure) ramène cette « trinité » à UN car pour censurer, il faut connaître le contenu des pensées que l’on censure : Sartre, en définitive, n’accepte pas l’hypothèse de l’existence de l’inconscient freudien ( sans pour autant être dans la croyance naïve d’une pleine transparence à soi-même) : il le remplace par le concept de mauvaise foi. Pour lui, il n’y a pas d’inconscient mais seulement un mensonge à soi-même de la conscience (je pense quelque chose + je refuse de me l’avouer)

 

 

 

 

 

IV. Freud parmi les « philosophes du soupçon »

La psychanalyse touche à un domaine sensible : elle touche de très près à l’idée que l’on se fait de la normalité, de ce qu’est un être humain. Avant elle, on tenait qu’un homme normal, sain de corps et d’esprit était un homme maître de ses pulsions.

Ainsi, elle atteint directement l’Homme dans les représentations qu’il se fait de lui-même ; et plus spécialement, de sa conscience, c’est-à-dire de la supériorité qu’il s’accorde par rapport aux autres êtres vivants.

De plus, les pulsions représentent presque un sujet-tabou : définir l’homme par ses pulsions, c’est le ramener à son animalité, c’est un véritable crime de « lèse-rationalité ».

 

Trois philosophes ont été surnommés « les maîtres du soupçon » (appellation qui a surgi au XX° siècle et qu’on doit à Paul Ricoeur) : il s’agit de Nietzsche, de Marx et de Freud.

En effet, tous les trois mettent à mal l’idée qu’on se fait du sujet : et si l’homme n’était pas cet être idéal, capable de maîtrise de soi, d’autodétermination, de sublimation constante ? S’il était tout simplement terrorisé par l’inconnu, au point d’accepter n’importe quel enfantillage pour calmer ses angoisses (morale, illusions, religion) ? S’il ne déterminait pas son existence mais était déterminé par elle (Marx) ? S’il n’était même pas maître de sa propre conscience ? S’il n’était conscient que d’une toute petite partie de ce qui se produit en lui (Freud) ?

 

Hatier  12 p 35 / Russ 9 p 433 : Freud et la « triple humiliation » : où Freud se présente comme l’auteur d’une révolution majeure dans la façon de concevoir l’homme.

 

Par Scipion l'Africain - Publié dans : Cours (notion)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 15:57

 Friedrich NIETZSCHE  (1844 / 1889 / 1900)


            Meurt une 1ère fois à 47 ans : sombre brutalement dans l'inconscience, puis se survit pendant dix ans dans une folie muette.

Quatre titres : Le Gai Savoir

                     Par delà le bien et le mal

                     Généalogie de la morale

                     Ainsi parlait Zarathoustra 

 

            Certains refusent Nietzsche car sa philosophie est dérangeante : il est excessif et violent comme un éternel adolescent. La philosophie de Nietzsche est une philosophie subversive : ils expliquent ce qu'ils refusent par la biographie de Nietzsche : une enfance entourée de femmes ; l'ombre du père pasteur, sacralisée et oppressante : la philosophie de Nietzsche ne serait que réaction aux traumatismes de son enfance) . Ce qu'ils avancent, ce ne sont pas des raisons philosophiques : c’est une psychanalyse de bazar qui sert au dénigrement.

 

 

            Nietzsche part du pessimisme (celui de Schopenhauer) : le pessimisme, c'est la conviction profonde (point de départ des autres convictions) que l'essence de la vie est douleur. Seulement Nietzsche n'en reste pas au pessimisme : il pense même que c'est mauvais d'en rester là : il appelle décadence la résignation à ce constat pessimiste : une époque, une civilisation doit avoir le mérite de faire ce constat (la douleur est le fond de tout) mais elle ne doit pas s'y complaire : Nietzsche trouve son modèle chez les Grecs , qui répondent au pessimisme par l'héroïsme : faire face à la dureté de la vie , à l'absurde du monde et présenter la vie dans une forme sublimée : rôle de l'art (on magnifie la vie, on exagère toutes ses caractéristiques, on dépasse l'absurde ou le mal) : le tragique . Alors, elle vaut la peine d'être vécue.

 

         Deux caractéristiques de cette philosophie : Une philosophie qui dénonce toute la tradition philosophique (refus de construire un système : aphorismes, refus de faire de la philosophie...mais pour des raisons philosophiques)

                                                                            Une philosophie qui dénonce le monde moderne : Nietzsche s'attaque à ses fondations : aux présupposés de la religion et de la morale.

 

            1) l’Athéisme de Nietzsche : un athéisme très spécial : non pas " Dieu n'existe pas " mais " Dieu est mort ".

S'il est mort, c'est qu'il était vivant. Où ça ? Dans nos consciences. Il y séjournait bien confortablement, comme un parasite, vampirisant nos énergies vitales.

" C'est nous qui l'avons tué " : il nous a fallu un grand courage (Dieu, c'était tout ce à quoi nous croyions) : nous sommes désemparés, orphelins. Il va falloir être à la hauteur de ce geste. Peut-être ce meurtre de Dieu était-il prématuré : est-ce que l'Homme est déjà capable de se passer de Dieu ? Est-ce que l'Homme est capable d'égaler Dieu ?

 

            NIHILISME : prise de conscience du néant de valeur (du néant d'existence) de ce que nous vénérions (Dieu, la Vérité, le Bien, le Beau, la Vertu): invalidité fondamentale de toute valeur transcendante. On a tout démoli et on n'a rien pour le remplacer.

            Il nous reste à inventer nos valeurs ; c’est-à-dire à être nous-mêmes des dieux.

 

            Le SURHOMME : l'homme est un moment transitoire ; l'homme est un pont : l'Homme doit être dépassé, surmonté. Nietzsche n'est pas un humaniste : il n'y a pas de quoi être fier de l'humanité, il n'y a pas de quoi l'ériger en une valeur. Heureusement (là, le nihilisme est dépassé), ce n'est pas notre forme définitive. L'Homme ne peut pas être le sens de la Terre ; le Surhomme le sera peut-être.

            Délire ? Pourquoi, en effet, ne pas penser que Cro-Magnon ne va pas déboucher sur autre chose ? L'évolution de l'Australopithèque en homo erectus n'était pas plus prévisible (on a toujours trop tendance à penser les choses comme immobiles).

 

            2) Opposition à la Morale judéo-chrétienne :

Nietzsche pense que la morale dont notre civilisation est imprégnée est une morale décadente : plutôt que d'aller dans le sens de la vie (son accroissement, sa puissance), elle humilie l'Homme et le tire vers le bas (modestie, culpabilité, maîtrise et même  annihilation des désirs ; ascétisme)

Pour cette dénonciation, Nietzsche utilise une méthode philosophique qu'il a inventée : la démarche généalogique : on est devant un phénomène à étudier (par exemple la morale).On l'étudie pour la juger (est-elle bonne ou mauvaise pour l'Homme ?). La question à se poser, c'est : Qu'est-ce qui est à l'origine du phénomène ? Est-ce la richesse, la force, la générosité ? Est-ce au contraire le manque, l'impuissance ?

            Le critère du bien et du mal, c'est l'intensification du sentiment de vie, le " sentiment de puissance ".

            Ainsi, Nietzsche oppose à la morale la Volonté de Puissance

 

Ce qu'il y a aussi, c'est que notre morale est hypocrite : par ex, elle dit condamner les passions, mais c'est seulement qu'elle préfère les unes aux autres mais sans le dire (sans le dire, car ce sont de mauvaises passions qui la fondent.

Ex : la morale condamne la passion mais il y a du mensonge là-dedans car derrière la morale se cache une passion particulière : la passion d'obéissance. Les passions que favorise la morale sont le despotisme, le plaisir de souffrir, l'orgueil immense de l'ascétisme (aux plaisirs du corps, préférer l'orgueil de triompher de ces plaisirs).

 

            L' ETERNEL RETOUR : L'Homme est un animal malade de sa propre conception de la vie (il cultive les passions tristes et affaiblissantes, la mauvaise conscience, le remords, la culpabilité) preuve : l'idée du péché originel, tout sauf épanouissante.

            Notre civilisation est malsaine : basée sur la cruauté (plaisir qu'on prend à faire souffrir) et même cette cruauté appliquée à soi-m (ascétisme).

L'idée de l'éternel retour est inventée par Nietzsche pour inciter l'Homme à une pensée sélective par rapport à ses actes mais pas du tout avec la grille moralo-chrétienne de l'examen de conscience.

But : que l'Homme se réconcilie avec son existence (faire rupture avec la psychologie de la faute) : qu'il finisse par vouloir vraiment ce qu'il est devenu.

Méthode : penser le retour éternel de cette existence-là (rompre avec le regret " si seulement ça c'était passé plutôt comme cela ")= sentiment mortifère.

Penser à la fois la nécessité absolue et le bienfait absolu de ce qui a été (source de gaieté)

            En quoi est-ce tout sauf de la résignation ? La résignation, c'est accepter le réel tel qu'il est, tel qu'il fut...faute de mieux " contraint et forcé "/ ce que propose Nietzsche, c'est d'aimer sa vie au point de ne pas vouloir du tout qu'elle ait été autrement : vouloir qu'elle revienne indéfiniment. Critère par rapport à un acte avant de le faire : est-il digne d'être choisi indéfiniment ?     Elimination de tout ce que je ne veux qu'à moitié (faire de sa vie une œuvre d'art : perfection, rien n'est à retoucher)


            « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la vie éternelle mais l’éternelle vivacité »

« Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort »    Le Crépuscule des idoles            

Par Scipion l'Africain - Publié dans : histoire de la philosophie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 3 octobre 2011 1 03 /10 /Oct /2011 22:32

Commentaire de texte

Freud : « On nous conteste de tous côtés... » ( Russ 1 p 427)

 

 

Introduction : Freud, dans ce texte, entreprend de prouver la validité de l’hypothèse de l’inconscient psychique. Ce texte est à la fois polémique et critique. Polémique, parce que Freud s’adresse à ses détracteurs (« on nous conteste... »). Critique, parce qu’il se demande de quel droit on peut affirmer l’existence d’un inconscient.

            Ce texte n’est pas seulement une justification destinée à des interlocuteurs hostiles ; c’est un texte fondateur de la psychanalyse : en fondant la validité de son hypothèse, Freud établit le caractère scientifique de la psychanalyse.

            Sa démonstration s’effectue en deux temps :

  • cette hypothèse est nécessaire
  •  cette hypothèse est légitime.   

Sont livrés des arguments pour chacune de ces deux thèses.

 

Qu’est-ce qu’une hypothèse ? Une proposition initiale, admise provisoirement, que l’on justifie par ses conséquences ou par l’expérience ; tandis qu’un postulat est indémontrable ; il sert de base à une démonstration. Qu’un postulat soit indémontrable ne l’invalide pas ; tandis qu’une hypothèse indémontrable doit être abandonnée.

On peut d’ailleurs se demander si l’inconscient est bien une hypothèse ; s’il n’est pas un postulat.

      Comment est prouvée la validité de l’hypothèse de l’inconscient ? Elle ne peut l’être qu’indirectement ( puisque le témoignage de la conscience ne suffit pas) : il faut inférer l’existence d’un inconscient à partir de certains phénomènes qui, sans cette hypothèse, ne sauraient être expliqués. L’inconscient est présenté comme une hypothèse parce que nous ne pouvons pas le percevoir directement, par la conscience. Ces preuves doivent donner le droit de travailler scientifiquement avec cette hypothèse.

      Qu’est-ce qu’une science ? Un système de connaissances, qui a un objet déterminé, une méthode propre, et qui présente des qualités de précision et d’objectivité. Dans ce texte, Freud établit l’existence de l’objet de la psychanalyse : l’inconscient.

 

I . « Cette hypothèse est nécessaire » : nous en avons besoin pour expliquer certains actes, certaines pensées, que nous n ‘avons pas voulus et dont l’élaboration nous demeure cachée.Cela suppose que la conscience n’est pas la seule cause de notre activité psychique : son témoignage ne suffit pas à comprendre ce qui se passe en nous.Ses données sont « lacunaires ». D’ailleurs, ce qui est significatif, dans le témoignage de la conscience, ce sont ses lacunes.

      Donc, ce n’est pas par l’introspection (examen de la conscience par elle-même) que nous pouvons établir l’existence de l’inconscient. Ce sont les manques, les « trous » dans son témoignage. Certains actes psychiques présupposent, pour être expliqués, d’autres actes qui, eux, ne sont pas conscients.

      L’inconscient n’est pas un phénomène pathologique mais caractérise toute vie psychique. A l’opposition : normal / pathologique, qui distingue deux catégories séparées d’individus et de comportements, Freud substitue l’opposition Conscience / Inconscient, qui passe dans l’Homme lui-même et vaut pour tous les individus (en tout homme il y a des désirs incestueux, des pulsions de mort, un égocentrisme absolu). La différence entre l’homme sain et l’homme malade vient de la façon dont l’un et l’autre ont résolu le conflit entre leurs désirs propres et les désirs sociaux : le premier est parvenu à détourner ses pulsions des objets interdits ; le second, non.

Les actes ordinaires qui échappent à la conscience sont les rêves et les actes manqués. Ils paraissent absurdes : Freud y voit une erreur qui a un sens, qui manifeste une intention, refoulée et s’exprimant de manière voilée. Tous deux sont des compromis (entre ce que nous désirons et ce que nous nous permettons). Ces actes ne sont pas exceptionnels (pathologiques) : Freud fait appel à  « notre expérience quotidienne la plus personnelle » : nous avons des idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine, sans que nous soyions conscients de leur élaboration.

      Mais est-ce une bonne preuve ? Non, parce que ces pensées peuvent être imperceptibles, inaperçues : cela ne signifie pas qu’elles soient refoulées, c’est-à-dire séparées de la conscience ( Cf  Leibniz et son hypothèse des « petites perceptions »).

On pourrait également considérer que ces pensées se forment en nous par hasard. On pense alors à Pascal: « Hasard donne nos pensées, hasard les ôte ; point d’art pour les acquérir, ni pour les conserver. Pensée échappée : je la voulais écrire ; j’écris, au lieu, qu’elle m’est échappée ».

 

II. « Cette hypothèse est légitime » : Elle est justifiée parce qu’elle permet de concevoir comme cohérents des actes psychiques qui, sans elle, paraitraient incompréhensibles. Ainsi, on peut expliquer rationnellement un rêve. Le rêve devient cohérent avec notre vie éveillée, nos conflits.
Or, dans l’histoire des sciences, on adopte une nouvelle théorie quand elle permet, notamment,de rendre compte des faits qui restaient inexpliqués par la théorie admise.

Mais, pour admettre l’hypothèse de Freud , il faut aller au-delà de l’expérience immédiate, c’est-à-dire au-delà de la conscience.

Cependant, Freud continue : si l’on peut fonder, sur cette hypothèse une « pratique couronnée de succès », alors nous aurons la preuve incontestable de son esistence. Nous ne pouvons pas observer l’inconscient qui est caché mais nous pouvons observer ses effets.

Ex : Newton a observé les effets de l’attraction sans pouvoir expliquer la nature de cette force elle-même (une action à distance).

La pratique à laquelle Freud fait allusion, c’est l’analyse. Une thérapeutique réussie prouve que l’hypothèse était valide. Mais une analyse peut-elle être assimilée à une expérience ? Contrairement à l’expérience, l’analyse ne peut être répétée : elle est une relation particulière entre un patient et un analyste ; relation où le transfert affectif que le patient fait sur l’analyste est un élément essentiel. Comment des cas particuliers permettraient-ils d’affirmer une proposition universelle ?

 

CONCLUSION : Si l’on admet l’hypothèse de Freud, alors, la conscience ne peut connaître tout ce qui se produit dans le psychisme : elle n’est pas tout le psychisme. Il faut admettre alors une dualité, une séparation, au sein du psychisme. L’inconscient n’est pas alors un autre moi-même mais plutôt le représentant d’instances impersonnelles ou le substitut d’autrui : le Surmoi.

Mais peut-on véritablement penser, désirer, sans le savoir ? On sait que Sartre, sceptique par rapport à l’inconscient psychique, y supplée par l’hypothèse de la mauvaise foi (duplicité de la conscience qui s’arrange pour ne pas savoir certaines choses). Malgrè tout le déploiement argumentatif de Freud dans ce texte, on peut voir un échec de ses efforts pour nous convaincre dans le fait que le meilleur argument (administré « in fine ») quitte le terrain de l’argumentation rationnelle pour exhiber des succès pratiques (des guérisons de névroses) : faute d’être un névrosé ainsi guéri, on aura toujours la liberté de douter. Autrement dit, on peut non seulement considérer que l’hypothèse de l’inconscient psychique est en vérité un postulat et non pas une hypothèse mais aussi on est en droit de refuser, comme Sartre, ce postulat.

Par Scipion l'Africain - Publié dans : commentaire de texte
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés