Chacun connaît la phrase inscrite au fronton du temple d’Apollon, à
Delphes :
« Connais-toi toi-même », idéal de l’Antiquité, (en grec : « Gnothi seauton ») élevé par Socrate au rang d’idéal de la philosophie.
Mais est-ce seulement possible ?
Si on part du postulat de l’entière clarté et transparence à elle-même de la conscience, sans doute ; mais si on fait l’hypothèse d’une certaine obscurité de
la conscience à elle-même : si on pense qu’il y a vraisemblablement de l’inconscient en l’homme, cet idéal devient inaccessible.
Freud, médecin viennois qui vécut entre le XIX° et le XX° siècle, est reconnu comme l’inventeur du concept d’inconscient. Pourtant, il y a beaucoup d’occurrences
antérieures, dans la littérature ou dans la philosophie, de cette notion d’inconscient. Tâchons d’expliquer cela.
Les inconscients préfreudiens :
LEIBNIZ (XVII°): « théorie des petites perceptions » : des perceptions sans
aperception… ?
L’inconscient, c’est l’inaperçu (au plus bas sur l’échelle de la conscience) : cf Kh L tome 3 p33 : à tout moment, il y a beaucoup d’objets qui frappent
nos yeux ou nos oreilles :
« L’âme en est touchée aussi sans que nous y prenions garde », parce que nous n’y faisons pas attention, mais si soudain l’objet redouble ses stimuli et attire l’attention sur soi,
nous en prenons soudain conscience.
« C’est une grande source d’erreur de croire qu’il n’y a aucune perception dans l’âme que celles dont on s’aperçoit ».
Elles concourent à nos actions délibérées…sans que nous en sachions rien
Ex : qu’est-ce qui fait qu’à cet instant je tourne la tête vers la gauche plutôt que vers la droite ? C’est qu’il y a eu « tout un enchaînement de
petites impressions dont je ne m’aperçois pas » mais qui rendent le mouvement vers la droite plus malaisé que le mouvement vers la gauche.
C’est ainsi que des perceptions conscientes (bruit) peuvent devenir inconscientes sans pour autant disparaître (habitude du citadin).
DESCARTES : la physiologie : ensemble de mécanismes (locomotion, respiration, digestion, pousse des ongles et des cheveux…) qui sont totalement
inconscients (automatismes du corps)
La spécificité de l’inconscient freudien :
C’est un inconscient qui concerne la conscience, qui agit sur elle ; qui joue avec elle.
Les inconscients préfreudiens sont seulement des négatifs de la conscience (inconscient = non conscient). Avec Freud,
on a autre chose :
l’inconscient est une force psychique active, qui obéit à
des règles, même si ces règles sont autres que celles de la pensée consciente.
Insistons sur le fait que Freud n’est pas philosophe de profession : c’est un médecin, un praticien ; et c’est en tant que médecin qu’il a inventé, dans
un but thérapeutique, une méthode d’exploration des zones inconnues du psychisme. Cette méthode s’appelle la cure analytique
(ou : psychanalytique). Son but premier est donc de guérir un certain type de malades : les névrosés.
Ces sont en effet des malades qui ont mis Freud sur la piste d’une région inconsciente du psychisme humain.
Parmi les premiers indices de l’existence d’un inconscient : le somnambulisme ; l’écriture sous hypnose,
pratiquée par certains psychiatres dans l’entourage de Freud (Breuer, par exemple).
I – L’Inconscient
selon Freud
Russ : texte 3 p 429 ; de l’abandon de l’hypnose ; en extraire les
définitions de la résistance et du refoulement.
La première patiente que Freud dit avoir guérie, il l’a guérie grâce à l’hypnose (Cinq leçons sur la
psychanalyse : cas d’ Anna O.) : une hystérie qui se manifeste par une incapacité à boire alors qu’elle éprouve une soif dévorante. Sous hypnose, la patiente remonte au souvenir
du jour où s’est manifesté pour la première fois ce dégoût de l’eau : après avoir vu le chien de la gouvernante, qu’elle détestait, boire dans un verre d’eau (et n’avoir pu, par politesse,
manifester son dégoût). A son réveil, la malade demande un verre d’eau et le boit : son trouble a disparu pour toujours. Néanmoins, elle n’a aucune conscience de ce qu’elle a confié sous
hypnose.
Hatier : texte 4 p 46 et 10 p 52 (à lire chez soi) : l’adresse de la Psychanalyse au Moi.
Première Topique (1900)
Ce que Freud appelle « topique », c’est une représentation spatiale d’une réalité non spatiale.
Le préconscient : une perception présente est
rapidement transformée en souvenir ; elle est alors rangée dans le préconscient. Il suffit d’un effort de mémoire pour faire réapparaître ce souvenir à la conscience.
On voit que dans cette topique, le cerveau humain présenté comme une sorte d’iceberg, avec – de façon sans doute assez choquante, la partie consciente moins
importante que la partie inconsciente.
Lire le texte 2 p 428 (Russ) : avec l’Inconscient, c’est la découverte d’une autre façon de penser que celle de
la pensée consciente.
2) Deuxième topique
(1920)
Le psychisme est dès lors représenté comme une sorte de « maison à trois étages:
Le Ça (das
ES) instance du « sous-sol », est l’instance la plus élémentaire de l’appareil psychique. C’est le siège des pulsions inconscientes (on appelle pulsion quelque chose qui est
proche de l’instinct, de l’expression des besoins du corps, mais instinct métamorphosé par le fait qu’on se le représente). Ces pulsions cherchent constamment à traduire leurs exigences au sein
de la conscience claire.
Freud le décrit parfois comme la « marmite où bouillonnent tous nos désirs refoulés »
Le Moi (das
ICH) est le « noyau limité, organisé, cohérent et lucide de la personnalité » comme le dit Françoise Dolto.
Il est à la fois conscient et inconscient. C’est l’instance qui assure l’ensemble des perceptions et des activités. Freud postule qu’il émerge vers 15 mois, quand est atteint le célèbre
« stade du miroir ». (N.B : ne pas faire reposer là-dessus seulement toute prise de conscience : les dauphins et les chimpanzés aussi (on le constate quand on met une trace
rouge sur le front des chimpanzés pendant leur sommeil)).
Le Surmoi (das UBERICH) est constitué par l’ensemble des interdits moraux intériorisés (interdits parentaux mais souvent en définitive interdits sociaux) : il
est l’instance qui cherche à refouler les instincts : c’est lui qui exerce la censure, qui empêche le contenu du Ca d’accéder à la conscience.
Hatier : Texte de Bergson : 1 p 418 : l’interdit parental comme expression de la société toute entière (Roussel p 189)
Hatier : Texte de Dolto : 5 p 47 : l’intériorisation de la
contrainte : la métaphore des poissons rouges
Inhibition // intériorisation : avant 7-8ans, le Moi se heurte à la Réalité / après, il se heurte au Surmoi
Ces trois instances sont rivales. Il y a, notamment, un combat permanent entre le Ça et le Surmoi.
Russ : texte 10 p 435 : le pauvre Moi et ses trois « maître sévères »… « La vie n’est pas
facile ! »
La vie psychique est donc le lieu du conflit, les exigences sociales et morales étant tenues pour incompatibles avec des désirs toujours affreusement
inconvenants.
D’où, le refoulement (voir la définition donnée dans la note 7 du texte 5 p 431, Russ)
« L’homme devient névrosé parce qu’il ne peut supporter le degré de renoncement exigé par la société au nom de son idéal
culturel » Malaise dans la civilisation p 34
« Il est impossible de ne pas se rendre compte en quelle large mesure l’édifice de la civilisation repose sur le principe du
renoncement aux pulsions instinctives » : elle postule la non-réalisation de « puissants instincts » (ibid p 47)
C’est comme s’il y avait en chacun de nous un « petit sauvage » affreusement bridé par la
Civilisation.
Freud, faisant allusion à Diderot, dans son Abrégé de la psychanalyse : « Si le petit sauvage était abandonné à lui-même, qu’il conservât toute son imbécillité
et qu’il réunît au peu de raison de l’enfant au berceau la violence des passions de l’homme de trente ans, il tordrait le cou à son père et il coucherait avec sa mère » (ceci fait
penser à Hobbes quand il parle du « méchant » comme d’un enfant brutal)
Le refoulement est donc un fonctionnement absolument normal et que tout le monde connaît : un des apports principaux de la psychanalyse a été de remettre en
cause la dichotomie précédemment admise entre normal/pathologique : d’une part, l’équilibre mental est quelque chose de très
compliqué, jamais acquis définitivement. D’autre part, les névroses ne sont pas toujours graves ni irréversibles. La psychanalyse n’a donc pas ses « clients » attitrés : elle est
susceptible de concerner tout un chacun, à un moment ou un autre de sa vie.
Entre le Ça et le Surmoi, le moi exerce un rôle d’arbitrage : il cherche à satisfaire les exigences du ça tout en respectant les interdits du surmoi : il
cherche à concilier le principe de plaisir avec le principe de
réalité.
Le « principe de plaisir » est issu des
pulsions, qui cherchent toujours leur satisfaction immédiate (ainsi, le ça peut être vu comme une sorte de tyran qui veut « tout, tout de suite »)
Le « principe de réalité », ce sont les
conditions matérielles de l’existence et les injonctions de la société (au sein de la réalité, la « res » = ce qui nous résiste)
(déf : voir aussi note 3 p 437 ; Russ)
N.B : attention à ne pas considérer trop vite que le ça est naturel (comme est naturelle la soif de jouir) et que le surmoi est culturel : nos désirs sont
traversés par la culture / le surmoi est culturel parce qu’il est constitué par les interdits sociaux mais il prend aussi racine dans des aspirations instinctives : par exemple, le désir de
protection et d’amour qu’éprouve le petit enfant envers ses parents. Un moyen de les obtenir, c’est de respecter les interdits parentaux.
Ainsi, parce que tout se noue au tout début de la vie psychique, les parents sont
très importants pour le sujet : ils sont la clef de voûte de sa construction de lui-même.
Or, ils ont une position complexe puisqu’ils sont
la source de toute affectivité
la
source de tous les interdits
N.B : Refoulement ≠ frustration (Sévérité du
Surmoi)
Tout individu normal, vivant en société, est tenu de contrôler ses instincts (c’est-à-dire de leur refuser certaines satisfactions) : chacun s’impose donc une
certaine dose de frustration (« tous frustrés »…) mais, le surmoi du
névrosé est plus exigeant : non seulement il interdit aux instincts de se satisfaire mais il les refoule.
N.B : le degré de sévérité du surmoi n’est pas directement corrélé à la sévérité des injonctions parentales : des individus ayant eu une éducation très
douce peuvent élaborer une conscience morale extrêmement rigoureuse. Inversement, chez l’enfant élevé sans amour, la tension entre le Moi et le Surmoi tombe : toute son agressivité est alors
susceptible de se tourner vers l’extérieur.
« La sévérité de la conscience provient de l’action conjuguée de deux influences vitales : la privation de satisfactions
instinctuelles (qui déchaîne l’agressivité) + l’expérience de l’amour (qui m’incite à retourner cette agressivité vers l’intérieur et la transfère au Surmoi) »
cf Malaise… p 88
A partir de là, il arrive que l’instinct refoulé se « venge » en réapparaissant sous une forme symbolique : par des troubles psychiques divers
(des « symptômes » : troubles du sommeil, de la vue, de la voix, de la motricité, phobies etc)
Nous refoulons tous certaines pensées mais nous ne sommes pas tous des névrosés ;
Quand l’inconscient est en quelque sorte saturé, des complexes peuvent se constituer :
Un complexe est un ensemble de tendances psychiques
refoulées qui perturbent l’équilibre mental du sujet ;
Le plus connu est le « complexe d’Œdipe » des petits garçons (dont le pendant féminin est
appelé « complexe d’Electre ») : tendance à s’identifier à / à jalouser le parent du même sexe que lui et à aimer / désirer le parent de sexe opposé. Ce complexe est censé trouver
sa « solution » entre 6 et 12 ans …ou bien être une cause (fréquente) de névrose.
II. Les voies d’exploration de l’inconscient
psychique
Psychopathologie de la vie quotidienne
On peut être mis sur la piste de l’existence d’un inconscient psychique par de nombreuses manifestations « anormales » qui surviennent dans la vie de tous
les jours
Texte 5 p 430 (Russ) : Freud
les bris d’objets
les oublis
les lapsi (lapsus linguae ; lapsus calami) : le mot prononcé par erreur = celui que l’inconscient aurait aimé nous voir dire
La source de ces « ratés », ce sont les désirs refoulés. Nous sommes devant des manifestations soit verbales soit non-verbales de désirs refoulés. C’est
là que l’inconscient se révèle.
Principalement de deux manières 1) dans les actes manqués
2) dans les rêves
Pour Freud, ce qui importe le plus, chez l’homme, c’est le désir : c’est lui qui dit la vérité de
l’homme : je ne suis pas défini(e) par mon identité sociologique, ni professionnelle ni…mais par mon désir.
Nous sommes des machines désirantes (≠ Descartes : des machines pensantes)
Les rêves et leur interprétation
Pour Freud, le rêve est la « voie royale de l’exploration psychique » = le moyen d’expression favori des machines désirantes que nous sommes.
Un rêve est l’accomplissement illusoire (symbolique) d’un désir, une « réponse de pacotille » : les désirs – inconscients parce que refoulés à l’état
de veille - se satisfont dans les songes.
Il y a principalement deux fonctions du rêve :
il est le « gardien du sommeil » : nous rêvons pour continuer à dormir
il est l’accomplissement symbolique d’un désir inconscient : processus de travestissement du désir. Pour tromper la vigilance de la censure (engourdie mais pas abolie), trois
« astuces » : 1) le symbolisme
2) le déplacement : Ce qui occupe le premier plan dans le rêve est loin d’être le plus important sur le plan de l’inconscient.
3) le verrouillage : c’est
une sorte d’élaboration secondaire : à l’approche du réveil, le rêve devient plus anodin ; c’est la dernière défense du secret de l’inconscient à l’égard de la conscience)
Trois catégories de rêves :
■ le rêve infantile (NB : tout le monde peut en avoir) : le rêve qui voit la manifestation
d’un désir clairement reconnaissable mais refoulé dans la vie diurne : dans le rêve, le désir apparaît de manière non-déguisée
Voir Le rêve et son interprétation p 31 : la petite fille de 19 mois soumise à la diète et qui nomme, dans son
sommeil, tout ce qu’elle voudrait manger
Exemple donné par Freud : la cabane du petit garçon de Halstatt (Cf. Cinq psychanalyses)
■ le rêve qui exprime de façon voilée le désir refoulé
Il y a alors une différence notable entre le contenu manifeste du rêve (la scénette qui se déroule
en moi) et son contenu latent (les désirs cachés qu’elle exprime). Pour aller de l’un à l’autre, on est obligé d’avoir recours à
une interprétation
En 1900, Freud écrit Die Traumdeutung. Il fait rentrer l’interprétation des rêves dans les compétences de
l’analyste : le décryptage que l’analyste fait de nos rêves correspond exactement à l’inverse de ce que fait la censure (cryptage, symbolisation…)
On a le signifiant (la « scénette ») ; manque le signifié (le désir refoulé)
Pendant le sommeil, la censure n’est pas supprimée. Elle est cependant affaiblie. C’est pourquoi un certain nombre de désirs interdits se satisfont dans le rêve, à
condition de savoir tromper la vigilance de la censure.
Exemple donné par Frinck : la dame qui achète un magnifique chapeau noir très cher (veuvage, séduction, difficulté // mari infirme, malade)
NB : le contenu émotif apparent du rêve est totalement déconnecté de son contenu émotif réel : exemple du « rêve des excréments » de Freud
(dégoûtant / valorisant).
De même, un rêve qui fait rire le rêveur n’est pas pour autant un rêve joyeux.
Exemple du « rêve du vieux monsieur » : un monsieur âgé rêve d’un homme qui pénètre dans sa chambre pendant son sommeil et qu’il n’arrive pas à
faire partir, non plus qu’il n’arrive à allumer la lumière. Echec des tentatives de sa femme (en déshabillé) pour éloigner l’inconnu. Le rêve se termine par une crise de rire inextinguible (et
atroce) du sujet. Ce rêve est un rêve de mort : l’inconnu indésirable = la mort ; ne pas parvenir à rallumer la lumière de la vie ; l’intervention de son épouse fait référence à sa
collaboration à de récentes tentatives de coït, ratées. Le jour qui suit le rêve, le sujet se sent épuisé et accablé.
■ le cauchemar : là, le désir profond n’est pas refoulé : l’angoisse va prendre alors la place de
la censure. Sa fonction est de susciter rapidement le réveil. L’angoisse est alors l’outil de la censure pour éviter le passage de l’inconscient à la conscience.
Quand le représentant du désir est mal déguisé, il y a naissance d’un conflit anxiogène.
Russ, texte 6 p 431 : contenu manifeste et contenu latent du rêve
Ceux que le rêve intéresse peuvent aussi lire les textes 7 et 8 ( Russ)
La cure psychanalytique
Russ, texte 4 p 430 : le « cas Elisabeth » : Freud et Breuer Etudes
sur l’hystérie
C’est la toute première guérison par la psychanalyse dont se targue Freud.
Elisabeth s’appelle en réalité Ilona Weiss ; c’est une jeune femme de 25 ans de nationalité hongroise. Elle est atteinte de douleurs aux jambes qui, par
période, lui procurent même des difficultés à marcher.
Avec « Elisabeth », Freud élabore la technique de la libre-association des idées ;
grâce à laquelle le barrage de la censure est dépassé : Freud découvre la jeune fille amoureuse de son beau-frère. C’est parce qu’elle rejette l’idée de cet amour « inconvenant »
qu’Elisabeth voit l’apparition de ses premiers symptômes lors du décès de sa sœur (ayant désiré –inconsciemment la mort de sa sœur, Elisabeth ressent une insupportable culpabilité – inconsciente
elle aussi - lorsque cette mort survient). Si ses cuisses sont neutralisées, c’est à cause du plaisir érotique que son surmoi a refoulé : conversion (typique de l’hystérie) du psychique vers le somatique (cf. Magnard p 40).
C’est aussi sur ce cas que Freud théorise la notion de résistance (manifestée ici par la rébellion
de la malade placée devant l’interprétation de l’analyste)
Quelles maladies Freud prétend-il soigner ?
Les névroses : affections mentales (ex :
impulsions suicidaires, insomnie, frigidité, obsessions, phobies, hystéries…) sans altération profonde de la personnalité. Parmi elles beaucoup sont des hystéries : névroses où les symptômes
sont essentiellement des substituts de satisfaction de désirs sexuels non-exaucés.
Le nom de névrose est issu du XIX° siècle : dans l’ignorance où l’on était de ce genre de troubles, on les rattachait aux « nerfs »…de la même
manière qu’on ramenait l’hystérique à son utérus, la sexualité féminine étant désignée comme morbide.
Chorbak, médecin viennois : la seule ordonnance valable pour l’hystérique : « pénis normalis, à renouveler »
Rappelons aussi que Molière se moque des « malades imaginaires » et que l’Eglise recommande l’envoi de prêtres exorcistes dans les hôpitaux
psychiatriques.
Bref, Freud a grandement contribué à ce que ce type de maladies, ce type de souffrances, soit pris au sérieux ;
Freud en propose une cause toute nouvelle : les conflits entre le Moi, le Ça, le Surmoi.
Les psychoses : affections mentales altérant la
totalité de la conscience et aliénant complètement la personnalité (ex : schizophrénie ; paranoïa ; délire hallucinatoire). Il y a alors abdication du Moi sous l’empire du Ça.
Freud reconnaît, dans la plupart des cas, être impuissant à guérir les psychoses. Dès lors, elles relèvent plutôt de la psychiatrie.
Dans les névroses, le patient est conscient de son état et souhaite être guéri/ dans les psychoses, non.
Quelle est la fonction de la cure psychanalytique ?
Faire passer le refoulé de l’inconscient à la clarté de la conscience
A cela, deux buts possibles : 1) guérir
2) vivre une sorte d’ « aventure de l’esprit », où l’on remonte aux tréfonds de son enfance et où l’on a l’occasion – unique- de découvrir qui l’on est vraiment (au cœur de
l’homme : le désir)
Quelle est sa méthode ?
On a deux participants : l’analysant / l’analyste
« Transformer les conflits en récits » (sur le principe : un mal des
mots)
La psychothérapie est souvent nommée « talking cure ». En effet, la parole est le matériau
analytique par excellence.
Freud part du principe que, dans le développement de la vie psychique, toutes les étapes antérieures sont conservées (possibilité de régression) : dans Malaise dans la civilisation, illustration par une analogie avec la
ville de Rome (s’il était possible de voir en elle toutes les enceintes et les monuments successifs) :
Trois stades de développement du petit d’homme : 1 : Stade oral
2 :
Stade anal
3 : Stade génital
Le patient remonte ainsi au plus lointain de son enfance (moment très important car formation de la
personnalité et moment de l’apprentissage de la frustration) :
Texte de Freud sur le « jeu de la bobine » : « fort » « da » cf. Kh texte 9 p 217 : de la découverte des « objets transitionnels » pour apprivoiser l’idée de l’éloignement de
la mère
L’enfance est aussi l’âge des traumatismes : les plus graves sont inconscients autant qu’indélébiles. (ex : Dans Dreams of my father, Barack Obama raconte ce
qu’il présente comme son premier traumatisme, à 9 ans, dans une salle d’attente : il y découvre la photo d’un homme noir âgé, souffrant de multiples dégâts physiques laissés par un
traitement « blanchissant »…le monde dans lequel le petit garçon a été bercé s’écroule !)
Dans Cinq leçons sur la psychanalyse, Freud explique que dans le rêve, c’est l’enfant qui s’exprime en nous.
C’est aussi dans l’enfance que se fait l’apprentissage de toutes les contraintes liées à la sexualité
Reprise des mots du poète romantique anglais Wordsworth : « l’enfant est le père de l’homme »
Son but ?
La catharsis : purification, sorte de « purge » des passions. La verbalisation des
souvenirs refoulés joue le rôle d’une sorte de « ramonage psychique »
Dès que quelque chose d’inconscient redevient conscient (tel souvenir obsédant), l’état mental s’améliore.
Son protocole ?
Le divan = l’abandon du corps
La pénombre = pas de vision directe de l’analyste
On est proche de la méthode scientifique d’isolement d’un corps chimique : la situation d’expérimentation qu’on veut créer en laboratoire : l’évacuation
de tous les paramètres extérieurs
La « règle de non-omission » : le patient est tenu de ne rien cacher des idées qui lui traversent l’esprit (même insignifiantes, même
inconvenantes) : il lui est simplement demandé de parler de tout ce qui lui « passe par la tête » selon la libre-association des idées. Telle est la méthode dont Freud pense
qu’elle peut faire tomber les blocages de l’esprit critique (« je vais me ridiculiser ») et de la censure
L’analyste écoute l’analysant dans une attitude de « conscience flottante » : il fait autant attention à ce qui n’est pas dit qu’à ce qui est dit (silences, hésitations, bégaiement…). Il est attentif au comportement global de l’analysant (les instants où il se trouble, ses oublis
de séance, ses « blancs ») : par là, il tâche de repérer les résistances du malade (c’est là que la censure est au travail)
Les paroles prononcées par l’analysant sont tout sauf abstraites : elles font jouer pour lui des choses très profondes : distinction parler / bavarder
Parce que les paroles prononcées lors de la séance engagent l’affectivité du Sujet, il peut arriver que se produisent des phénomènes d’abréaction : manifestation somatique, décharge d’émotion par laquelle le Sujet se libère de l’affect attaché au souvenir d’un événement
traumatique.
Le transfert : le processus par lequel les désirs refoulés s’actualisent en se transportant sur
certains objets dans le cadre de la relation analytique.
Par exemple « l’homme aux rats », jeune homme suivi par Freud, rendu malade par l’insupportable tension psychique qu’il éprouvait entre, d’un côté, son
père et le « mariage de raison » proposé par celui-ci et, de l’autre côté, la jeune femme désargentée dont il est tombé amoureux. Lors de la cure (qui a lieu au domicile de Freud), il
croise régulièrement dans l’escalier la fille de Freud : elle le trouble beaucoup par ce qu’elle incarne : la jeune fille « convenable ».
Dans le transfert, il y a une actualisation du passé (souvent, la répétition de stéréotypes
infantiles)
Il y a également un déplacement de la libido du Sujet sur la personne de l’analyste. L’analyste joue ainsi le
rôle de catalyseur.
La libido, c’est la pulsion sexuelle telle qu’elle
apparaît dans la vie psychique.
On parle de transfert positif pour les cas (ou : les moments) où le Sujet ressent de l’amour
pour l’analyste / on parle de transfert négatif quand le transfert prend le visage de la haine (voire : du désir de
meurtre)
Au transfert, il est très important que l’analyste réponde par le silence ou par le refus (il ne doit pas faire de « contre-transfert » : le bon
analyste sait bien qu’il n’est pas le véritable destinataire de cet amour/haine)
La psychanalyse fait une large place à la notion d’interdit, très souvent envisagée comme une notion
positive : l’inter/dit est l’écart qui vient rompre la relation duelle (ex : besoin/satisfaction). De plus, c’est lui qui ouvre l’espace du « dire ».
Sans oublier le rôle structurant de la Loi (cf. Jacques Lacan).
Une des modalités de l’interdit : le silence. Il joue un rôle très important dans une cure analytique (les silences du patient = ses résistances ; le
silence constant de l’analyste ; celui qui répond au transfert : refus qui renvoie à la loi).
Le silence joue le rôle de la mort : celle de l’imaginaire.
Parce qu’il y a de l’interdit, l’homme peut se lancer dans la voie de la sublimation, investissement de la libido dans les domaines intellectuels, artistiques etc.
« Comme l’être humain ne dispose pas d’une quantité illimitée d’énergie psychique, il ne peut accomplir ses tâches qu’au moyen d’une
répartition opportune de sa libido. La part qu’il en destine à des objets
culturels, c’est surtout aux femmes et à la vie sexuelle qu’il la soustrait » Malaise dans la civilisation p 55
Texte de Freud sur l’art : Russ : 13 p 437 / Hatier : 14 p 147 : c’est le passage du principe de plaisir au
principe de réalité qui suscite la création (compensatoire) d’un monde imaginaire.
Quelle est la différence entre l’artiste et l’homme ordinaire ?
A la fin de la cure analytique, l’analyste nomme la vérité du désir du patient.
Rôle majeur de l’histoire personnelle : aux yeux du psychanalyste, l’individu est tel que son histoire
l’a fait : il est son passé.
La cure a pour but de me faire prendre conscience de mon passé, et, ce faisant, de m’en délivrer, de m’en détacher : si la cure réussit, on ne plus dire
simplement que le malade est son passé mais, plus sainement, qu’ila un passé.
Rôle majeur de la sexualité : pour Freud, il s’agit d’une donnée fondamentale – et même, de LA donnée
fondamentale de la personnalité: la libido est la source principale de toute l’énergie psychique.
Cette hypothèse a beaucoup choqué les contemporains de Freud.
On parle du pansexualisme des théories psychanalytiques.
Texte de Freud in Essais de psychanalyse appliquée, Roussel 100 p 174 / KH.L 1 p
32 :
« Tu crois savoir tout ce qui se passe dans ton âme (…) tu te comportes comme un monarque absolu »
III. Critiques de la psychanalyse
■ Critique féministe : Critique qui porte sur la façon dont la psychanalyse parle des femmes et des
hommes (le « continent noir de la sexualité féminine », selon les mots de Freud). La petite fille, disent les féministes, n’est pas le
« petit garçon avec un pénis en moins » que s’imagine Freud. En effet, la vision que Freud se fait des sexes semble être entachée de ses propres préjugés (voire : de ses propres
fantasmes). Ainsi, l’angoisse de castration….n’est-ce pas interprétable comme un retournement ? (par exemple de l’immense déception ressentie par le petit garçon quand il comprend que jamais
il ne portera de bébé dans son ventre… ?). Sans cesse, les théories freudiennes ont une vision négative de l’être-femme : la femme serait habitée par le
« désir de pénis » ; elle serait passible des catégories du manque, du vide, du « trou » (obstination à voir le sexe féminin comme une absence de sexe).
Certaines lectures féministes ont l’intelligence d’inverser le rapport analytique = on lit les théories de Freud comme un psychanalyste décrypterait le discours du
patient : Freud nous parle-t-il d’un « inconscient universel » ou de sa névrose personnelle ?
■ Critique de Deleuze et Guattari (in L’Anti Oedipe) :
La psychanalyse est critiquée pour son réductionnisme : sa tendance à tout ramener au seul « triangle oedipien ».
Or, il est grotesque de prétendre que l’enfant, même petit, ne connaît que Papa-Maman : il sait toujours très bien qua Maman a un patron ; que la famille est aisée ; que Papa est
au chômage ou que le pays est en guerre. Ainsi, la psychanalyse commet une grave erreur en faisant abstraction de toute dimension sociale, historique, économique.
(Voir aussi l’article de Robert Castel « le Psychanalisme » in Philosopher tome 1)
De même, Freud ne fait-il pas trop peu de cas des différences de cultures (ethnocentrisme) ?
Ainsi, l’ethnologue Malinowski, étudiant en 1924 les habitants des îles Trobriand, a montré que, dans cette culture, fondée sur le droit maternel, la notion de
concept d’ Œdipe n’avait aucun sens.
■ Critique de Karl Popper : Il existe deux catégories de théories et deux seulement :
1) les théories scientifiques
2) les théories métaphysiques
Les deux types de théorie ont leur mérite (encore que la préférence de Popper aille aux théories scientifiques). Le tout est que leur statut soit clair. Or, ce
n’est pas le cas des théories psychanalytiques. Les théories psychanalytiques sont des théories métaphysiques qui tendent à se faire passer pour des théories scientifiques.
Il y a deux façons d’appuyer une théorie (« tous les corbeaux sont noirs ») :
soit trouver des faits qui vérifient la théorie (mais combien en faut-il ?) : vérification
soit trouver UN fait qui contredit la théorie (la théorie est alors réputée fausse et abandonnée) : invalidation.
(Soit l’affirmation « tous les corbeaux sont noirs », la vérification consiste à compter combien de corbeaux valident
la théorie/ l’invalidation consiste dans le fait qu’un seul corbeau blanc suffit pour abandonner la théorie).
Les théories non scientifiques procèdent par vérification. Seules les théories scientifiques se soumettent à l’invalidation.
Les théories scientifiques ont l’immense mérite d’être des théories falsifiables, c’est-à-dire des
théories qui acceptent pleinement la valeur invalidante de l’expérience (toute théorie réfutée par l’expérience est abandonnée) ≠ les interprétations
de la psychanalyse se prétendent définitives (l’inconscient est infalsifiable).
La théorie scientifique, c’est celle qui admet un déséquilibre : on peut avoir 100 faits qui semblent confirmer la théorie et un seul qui l’infirme, on prend
au sérieux le fait qui l’infirme.
Au contraire, en psychanalyse, on cherche les « preuves » du côté de la vérification (« vous voyez bien : je vous ai guérie ! ») et on
dénie à quiconque contredit la théorie toute capacité à la remettre en cause.
Ainsi, la psychanalyse est un système clos.
En effet, tout rejet de la psychanalyse est interprété comme une manifestation de la résistance et donc…commué en preuve (si vous rejetez mes thèses, c’est que cela
vous gêne : vous avez donc bien quelque chose à cacher !). Le psychanalyste est habitué au refus de son interprétation, cela lui paraît normal ; mais, dès lors, il est très
difficile d’adresser à la psychanalyse des objections qui soient prises au sérieux.
■ Critique de Sartre : L’inconscient psychique fonctionne comme un alibi : il nous permet d’éviter
de nous sentir libres (d’éluder le « courageux combat de la liberté »). Si l’âme est l’ « iceberg » décrit dans la 1ère topique, la responsabilité humaine en est beaucoup
minorée. Qui peut se dire : « ce n’est pas (le) Moi, c’est (le) Ça ! », a la conscience plus légère.
A contrario, être conscient de tout, c’est être responsable de tout : Sartre remplace l’idée d’inconscient par l’idée de la mauvaise foi: il nous tient en quelque sorte ce discours : « ce que vous ne savez pas, c’est que vous ne voulez pas le
savoir »
Voyez-vous clairement la différence ?
Hatier 9 p 51-52 / Russ 6 p 531 : Sartre réfute le schéma de la 1ère
topique : l’opposition duelle de la conscience à l’inconscient. Ce dualisme Conscience / Inconscient n’existe pas car il y a un 3ième terme : le censure.
Or, pour être à même de censurer, ne faut-il pas savoir ce qui est à censurer ?
Ainsi, Sartre pose que la censure a nécessairement conscience des désirs inconvenants. Pour refouler, il faut nécessairement savoir ce qu’on refoule. C’est donc
tout à fait consciemment que s’effectue le refoulement.
Par conséquent, « la conscience prend conscience de la tendance à refouler pour n’en être pas
conscience » : le refoulé, c’est ce que je me cache à moi-même.
N.B : dans un mensonge « normal », il y a deux sujets : 1) le trompeur (ici: le ça)
2) le trompé (le moi)
La mauvaise foi est un « mensonge à soi-même » où le trompeur = le trompé = le Moi
Alors que Freud base son raisonnement sur un dualisme conscience/inconscient, Sartre pose l’existence de trois instances ( il y rajoute la censure)…mais ces trois
instances se réduisent finalement à une seule : le Surmoi (= la censure) ramène cette « trinité » à UN car pour censurer, il faut connaître le contenu des pensées que l’on
censure : Sartre, en définitive, n’accepte pas l’hypothèse de l’existence de l’inconscient freudien ( sans pour autant être dans la croyance naïve d’une pleine transparence à
soi-même) : il le remplace par le concept de mauvaise foi. Pour lui, il n’y a pas d’inconscient mais seulement un mensonge à soi-même de la conscience (je pense quelque chose + je refuse de
me l’avouer)
IV. Freud parmi les « philosophes du
soupçon »
La psychanalyse touche à un domaine sensible : elle touche de très près à l’idée que l’on se fait de la normalité, de ce qu’est un être humain. Avant elle, on
tenait qu’un homme normal, sain de corps et d’esprit était un homme maître de ses pulsions.
Ainsi, elle atteint directement l’Homme dans les représentations qu’il se fait de lui-même ; et plus
spécialement, de sa conscience, c’est-à-dire de la supériorité qu’il s’accorde par rapport aux autres êtres vivants.
De plus, les pulsions représentent presque un sujet-tabou : définir l’homme par ses pulsions, c’est le ramener à son animalité, c’est un véritable crime de
« lèse-rationalité ».
Trois philosophes ont été surnommés « les maîtres du soupçon » (appellation qui a surgi au XX° siècle et qu’on doit à Paul Ricoeur) : il s’agit de
Nietzsche, de Marx et de Freud.
En effet, tous les trois mettent à mal l’idée qu’on se fait du sujet : et si l’homme n’était pas cet être idéal, capable de maîtrise de soi,
d’autodétermination, de sublimation constante ? S’il était tout simplement terrorisé par l’inconnu, au point d’accepter n’importe quel enfantillage pour calmer ses angoisses (morale,
illusions, religion) ? S’il ne déterminait pas son existence mais était déterminé par elle (Marx) ? S’il n’était même pas maître de sa propre conscience ? S’il n’était conscient
que d’une toute petite partie de ce qui se produit en lui (Freud) ?
Hatier 12 p 35 / Russ 9 p 433 : Freud et la « triple
humiliation » : où Freud se présente comme l’auteur d’une révolution majeure dans la façon de concevoir l’homme.