Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 17:39

LE LANGAGE

 

 

« C’est une belle folie : parler. Avec cela, l’homme danse sur et par-dessus toute chose »

                                             Nietzsche

                      

I.               Définition du langage

Il y a, pour la notion de langage, une différence à faire entre sens étroit et sens large.

Au sens large, le langage signifie tout code, c’est-à-dire tout système de signes utilisé pour  établir  une  communication.

Cela inclut : le langage informatique, mathématique, le langage gestuel, le langage symbolique (ex : rouge pour l’amour ou la révolution), les langages animaux.

 

Au sens restreint, le langage désigne l’ensemble de la langue et de la parole

 

LANGAGE = LANGUE + PAROLE

 

La langue, c’est le code linguistique : un système conventionnel abstrait qui vaut pour une communauté donnée → grammaire, syntaxe

 

La parole, c’est l’utilisation individuelle de ce code : la réalisation de la langue par les sujets parlants → usage

 

A travers les termes : langage/langue/parole, on peut retrouver la distinction entre

Universel/Particulier/Singulier

 

Ainsi, ce qui est universel, c’est le langage comme fonction de s’exprimer à travers des signes verbaux : aptitude à symboliser, à produire et à transmettre du sens : c’est la faculté symbolique.

La langue est la particularisation de cette fonction dans une communauté donnée.

 

Dans cette première partie du cours, on se consacrera au sens restreint : le langage comme langage humain

 

Quelles sont les caractéristiques du langage humain ?

La (double) articulation : 1) unités de sons (phonèmes) : ex :phi/lo/so/phi/que

                                   2) unités de sens (morphèmes) : ex :pré/historique

 

Le langage est un système très élaboré qui, à l’aide d’un minimum de phonèmes (une trentaine) produit une infinité de significations. Les langues sont régies par un principe d’économie : avec le minimum de matériau (ex : 26 lettres/autant de phonèmes), on produit tout un monde de significations : on peut tout dire. Tout est basé sur le principe de la combinaison : on combine les lettres en phonèmes, les phonèmes en mots, les mots en phrases (les phrases en paragraphes, les paragraphes en discours …)

 

Cette double articulation distingue les langues humaines des autres systèmes de communication (ex : gestuel ; animal) : plus complexe, son système est aussi beaucoup plus riche.

Le Petit Robert contient 60 000 mots. Nous en utilisons couramment entre 2 000 (quelqu’un d’assez frustre) et 20 000 (les lettrés).

 

Historicité du langage humain :

N.B : la reconnaissance de la nature historique du langage ne s’est faite qu’assez tard ; c’est parce que le langage a longtemps été présenté comme étant d’origine divine.

Ainsi, la Bible affirme plutôt l’anhistoricité du langage : La Genèse, chapitre 11 : les hommes parlaient tous un seul langage : celui que Dieu leur avait donné. Mais, au fur et à mesure que les hommes, orgueilleux par nature, se sont sentis devenir plus puissants, ils ont voulu rentrer dans une sorte de compétition avec leur créateur : ils ont entrepris de construire une tour (la tour de Babel), la plus haute possible. C’est alors que Dieu, pour les punir de leur orgueil, leur a envoyé une malédiction : la pluralité des langues

A l’arrière-fond du « mythe de Babel », on trouve l’idéal d’une langue unique (la plus originelle, la plus parfaite) : une langue qui soit débarrassée de l’ambivalence de toute langue : à la fois

instrument qui permet aux hommes de se comprendre entre eux     

un moyen de ne pas se faire comprendre : d’exclure certains des auditeurs de la compréhension (le sous-entendu, l’implicite, le jargon, l’allusion : le sens ne s’offre qu’à une partie du public).

Le langage joue ces deux fonctions contradictoires.

 

Aujourd’hui, on sait que les différentes langues s’originent dans un petit nombre de familles de langues originaires (ex : les langues indo-européennes), qu’elles dérivent les unes des autres, qu’elles empruntent les unes aux autres.

 

Diversité des langues humaines : le langage se particularise en différentes langues, qui sont le propre des hommes unis en une « communauté linguistique ». Aujourd’hui, on recense entre 4 500 et 6 000 langues dans le monde (environ 200 rien qu’en Europe). Cet usage commun est signe d’une histoire commune, d’une culture commune : c’est pour cela qu’il est un enjeu de pouvoir : il y a une dimension politique des langues.

S’approprier un territoire, c’est très souvent obliger la population à adopter la langue du vainqueur.

Connaissez-vous des conflits qui ont pour enjeu la langue ?

Alsace/Lorraine : unification du territoire – début XX°=abandon des patois locaux au profit de la langue nationale : passage constant du français à l’allemand !)

Enjeu culturel autant que politique pour les indépendantistes (ex :basques) : garder leur langue particulière

Suite à la conquête de l’indépendance algérienne, imposition de l’arabe (classique/courant) à la place du français (y compris comme langue universitaire)

Canada : rivalité linguistique (culturelle, politique…) entre anglophones et francophones (Québec)

En Belgique, conflits séculaires entre Flamands et Wallons

 

Caractère changeant du langage (c’est le corrélat logique de son historicité)

Ainsi, indépendamment des nouveaux mots qui apparaissent constamment dans les différentes langues (ex : le verbe « kiffer », inexistant il y a 10 ans), la signification des mots est variable suivant les époques

Ex : « terrible » signifie au XVIII° siècle : qui provoque la terreur

                                        Au XX° siècle : sensationnel, génial

De manière générale, on peut dire que les mots s’usent en fonction de leur utilisation : parce que le sens s’affadit, des superlatifs sont ajoutés / parce que les superlatifs se dévaluent, il faut en ajouter toujours plus si l’on veut rendre le même sens.

Un dialecte, c’est le résultat de la fixation de la langue à une époque donnée : plus il y a de locuteurs, plus la langue change : l’Acadien (aujourd’hui parlé dans une petite partie du Canada)  présente de grandes similitudes avec le français du XVI° siècle !

 

C’est un langage qui existe sous la forme de l’écrit : c’est important dans la mesure où cela permet (de manière illimitée) le stockage de l’information (de manière beaucoup plus fiable que les traditions orales)

Enjeux : l’éducation ; la perfectibilité ; le progrès de nos connaissances : cf Rousseau : contrairement à l’état de nature, qui est un état de perpétuelle enfance de l’humanité (puisque « la découverte périt avec l’inventeur »), l’écrit permet un accroissement du savoir humain. Un patrimoine culturel se constitue et se transmet : les générations ne repartent pas de zéro (cependant, au niveau individuel : tâche écrasante qui consiste à ingérer ce patrimoine).L’homme est le seul être vivant à avoir un héritage (culturel) et non pas seulement une hérédité (naturelle) (cf.la « mise hors cortex » de nos acquis)

 

N.B : Platon contre l’écrit : Le Phèdre (Hatier 1 p 283) : l’émergence de l’écrit permet-il d’accroître la science et la mémoire ou bien crée-t-elle de faux savants et de vrais ignorants ?

 

 

Caractère conventionnel du langage humain :

Même remarque que pour le caractère historique de la langue : le caractère arbitraire du langage humain n’a pas toujours été reconnu : bien des philosophes de l’Antiquité (Platon le premier) ont fait des tentatives pour prouver l’existence d’un « lien naturel » entre le mot et la chose représentée: leur argument est alors celle d’une ressemblance  entre eux, un certain rapport de similitude.

 

On peut citer comme représentatif de cet effort le Cratyle de Platon, dialogue qui oppose Socrate à Hermogène.

L’hypothèse est la suivante : le langage dérive du cri (la stridence pour l’urgence//la grosse voix pour la menace etc) : il est donc imitatif par essence. Par modulations successives, le cri se perfectionne pour parvenir à plus de différenciation des sons, puis, à leur articulation : de plus en plus, les sons sont séparés distinctement.

A l’appui de cette thèse, on constate un certain mimétisme de certains mots (en allemand, « rutschen » pour glisser ; en anglais, « the crash of a plane » ; en français : murmurer ou miauler).Dans ces différents cas, le signe entre dans un rapport de ressemblance avec ce qu’il signifie.

 

Deux arguments pour réfuter cette thèse :

Ces mots sont marginaux dans une langue donnée

Même les mots les plus imitatifs : les onomatopées, sont différents d’une langue à une autre : ils sont donc conventionnels (exemple du cri du coq)

 

A l’origine était le cri : on veut bien ; mais il faut s’empresser de dire que, du cri au langage, il n’y a pas continuité : il y a un saut. Ce saut, c’est le saut dans la culture.

 

Le naturel, l’inné, l’universel    le culturel, l’acquis, la particularité

                                                            La convention = la diversité

 

Ainsi, la diversité des langues est une autre preuve de leur caractère conventionnel.

 

Texte de Benveniste : Hatier : texte 8 p 112 : le caractère arbitraire du langage

 

Texte de Saussure : Hatier : texte 7 p 111 : ce qu’il faut entendre par « arbitraire »/ autre texte : Russ p 443

 

On tient les langues pour être des conventions d’usage : on veut dire par là qu’elles se sont établies peu à peu (≠ « au début était le dictionnaire ») : non définies au préalable, elles sont changeantes et non pas rigides : elles méritent pleinement d’être appelées langues vivantes.

 

 

Marque d’une commune humanité : La faculté d’acquisition du langage articulé distingue l’homme des autres espèces animales.

C’est cette intuition que le langage est la caractéristique première de l’homme qui explique que les hommes aient souvent rejeté comme non-humains ceux qui ne parlaient pas leur langue : c’est l’étymologie de « barbare » : injure désignant les étrangers (à la Grèce) comme ceux qu’on ne comprend pas, ceux qui ne parlent pas le grec mais dont les sons sont assimilés aux « BA-BA-BA » des oiseaux( !)

De même, de nombreux groupes humains primitifs se donnent des noms qui signifient : « Nous, les humains », rejetant les membres des autres groupes hors de l’humanité.

Le propre de l’humain, c’est la faculté symbolique : aptitude à produire du sens grâce à des signes, aptitude à symboliser, à entrer dans le monde du sens (que partagent les sourds-muets : ils ont accès au symbolique cf. la scène de « l’enfant sauvage » où ils se racontent des histoires le soir : l’élocution n’est pas primordiale).

Pensons aussi au cas spectaculaire d’Helen Keller : sourde, muette et aveugle, qui a tout de même réussi à mettre au point avec sa gouvernante un système de communication sur la base du toucher (bel exploit). A contrario, il existe des enfants handicapés dont les problèmes psychomoteurs sont si graves que jamais ils n’accèdent au langage.

 

 

Conclusion :

Les mots humanisent le réel ; ils humanisent même la mort

Patrick Declerk, Les naufragés, livre sur les clochards de Paris : à propos de l’enterrement de certains de ces clochards, l’auteur explique que l’inhumanité de leur sépulture ne consiste pas dans la fosse commune ; elle est inhumaine parce que le corps est jeté, sans un mot, dans cette fosse. C’est cela qui est insoutenable : l’absence de mot (et d’abord, du nom propre du mort) pour donner du sens.

Même s’il n’y a pas de Dieu, il faut qu’il y ait une sorte de prière : que quelqu’un dise quelque chose du disparu, de sa disparition : des mots, adressés à d’autres hommes, dont chacun recèle dans sa mémoire une petite part de vie)

D’ailleurs, la « vraie » mort, c’est quand plus personne ne parle de vous. Ainsi, les « exploits », cette machine à faire parler de soi à l’infini, sont un effort vers l’immortalité (« tu as encore fait parler de toi ! »…faire parler de soi,  c’est exister)

 

Texte de Benveniste (Russ 1 p 513) : Le langage est-il un instrument ?

Non, car ce n’est pas l’homme qui fabrique le langage : c’est le langage qui fabrique l’homme. La subjectivité se construit dans le langage (« Est ego qui dit ego »). Les mots constituent le sujet humain. Ne pas savoir parler = ne pas avoir accès à soi-même.

 

 

 

Notions élémentaires de linguistique

Vocabulaire

Précisons la différence entre signifiant, signifié, référent et concept.

Le signifiant, c’est l’aspect matériel du signe linguistique : c’est le mot dans sa matérialité : soit son qui frappe nos oreilles soit trace écrite qui comporte un certain nombre de lettres

Le signifié, c’est l’image que je me fais de la chose (le concept + la connotation que je lui attache)

Le référent, c’est la chose elle-même

Le concept, c’est l’idée générale qui correspond au référent.

 

Ex : je crie : « Sale chien, va-t-en ! »

Le référent = cet animal-là qui me suit depuis 10 mn en aboyant

Le concept = la notion de mammifère omnivore à 4 pattes, souvent domestique

Le signifiant = le son « chien », crié  (ou : le mot de cinq lettres, à l’écrit)

Le signifié = un composé du concept de chien, auquel se rajoute l’image que je me fais du chien (ici : nuisance, hostilité…)

 

Ferdinand de Saussure

La linguistique nait au XIX° siècle avec Ferdinand de Saussure :

Avant lui, on considérait une langue comme un vaste système de nomenclature : on réduisait ainsi le langage à ce que fait le dictionnaire : assigner un mot à une chose.

C’est la fonction de désignation (la première, peut-être, qu’utilise le petit enfant)

 

Saussure dit tout autre chose : le langage est formé de signes linguistiques : les mots

Ces signes linguistiques ne sont pas des signes naturels (ce qu’est la fumée pour le feu), mais des signes conventionnels.

Cela ne veut pas dire que tout signe conventionnel soit un mot (ex : un feu rouge est un signe conventionnel). Simplement, parmi les signes conventionnels, on trouve les signes linguistiques : les mots.

MOT = SIGNIFIE    U   SIGNIFIANT

Le signifiant, c’est la partie matérielle : le moyen de le dire (son entendu ou trace écrite)

Le signifié, c’est la partie abstraite du langage : ce que l’on veut dire

Mais il faut encore dire que le signifié renvoie à deux réalités différentes (duplicité du signifié):

1) le concept : l’idée générale abstraite (ex : concept de chien)

2) l’image acoustique : la représentation mentale : l’image qui se forme dans ma tête quand j’entends le mot chien

 

N.B : La plupart du temps, le rapport qui unit le signe (mot) au signifié est totalement arbitraire (Intelligence conceptuelle)

Mais parfois, le rapport du signe à la chose est fondé sur une ressemblance, une analogie : le signe est alors un symbole (Intelligence représentative)

 

Un symbole est une chose qui en représente une autre en vertu d’une analogie.

Ex : représentation de la Justice par une balance : détour par l’image.

 

 

 

 

 

Enjeu de la révolution saussurienne

L’enjeu, c’est que l’idée classique d’une correspondance entre les mots et les choses s’écroule. Il n’y a plus croyance en une correspondance directe entre

Le domaine des choses                Le domaine des mots 

 

Le référent réel (la chose même) n’est plus directement impliqué par le langage : la référence directe aux choses est perdue. On est dans le monde de la représentation (union d’un signifiant concret à un signifié abstrait).

Avec Saussure (avec la linguistique moderne), on considère désormais que le langage unit deux réalités psychiques : le concept et l’image acoustique.

Le langage est coupé du réel : dès lors, quelle garantie avons-nous que le langage rende bien compte du réel ? Quel espoir avons-nous de nous comprendre ? (puisque, quand je parle, c’est en définitive plus de moi que du réel que je parle !)

 

« Le discours, qu’il soit récit, poésie ou prière, fait un autre monde, de choses, de bêtes et d’hommes, et de tout ce qu’on peut nommer, un monde qui n’apparait jamais »

                                            Alain

 

Que nous dit dont le langage sur l’homme ? Sur le réel ? Sur la condition humaine ?

Une donnée essentielle est la séparation : séparation de l’homme avec le monde et aussi séparation de l’homme avec l’homme.

C’est le cas tout spécialement des langues qui sont des langues alphabétiques (par opposition aux langues qui reposent sur des idéogrammes, qui incluent une représentation du signifié par le signe) : l’écriture ne représente pas le signifié : elle se contente de renvoyer aux signes phonétiques dont elle est constituée.

Ainsi, comme l’analyse Michel Foucault, on est deux fois éloigné du réel : le signe écrit renvoie au son et le son au signifié.

Qu’un pareil système de signes existe nous dévoile une vérité essentielle de la condition humaine :

il n’y a pas de relation naturelle (immédiate, directe) entre l’homme et le monde

il n’y a pas de relation immédiate entre l’homme et l’homme : nous ne sommes jamais sûrs de parler des mêmes choses. Passée une période privilégiée de symbiose organique entre la mère et l’enfant, le petit humain devient un individu (séparé, divisé).

De là, le constat souvent fait de la difficulté des relations intersubjectives.

           

 

 

 

 

II . Communication animale et langage humain

 

Existe-t-il un langage animal ?

Ce qu’on ne peut nier, c’est que les animaux communiquent au moyen de systèmes de signes : chez les corbeaux, il y a quelques 15 cris différenciés, qui correspondent à des situations différentes

            Chez les singes, on dénombre à peu près 70 cris

Penchons-nous sur un système de communication animale très élaborée : le langage des abeilles, étudié par le zoologiste Von Frisch : certaines abeilles effectuent une sorte de danse en forme de 8 dans le plan vertical de la ruche. Alors, les abeilles voisines accourent et collent leurs antennes sur l’abdomen de la « danseuse ».

Von Frisch découvrent que les abeilles communiquent de cette manière quatre types d’informations à leurs congénères :

La présence d’un butin

L’espèce des fleurs concernées (communication tactile par l’intermédiaire de l’eau sucrée présente sur les poils de l’abdomen)

La distance du butin par rapport à la ruche (distance inversement proportionnelle à la vitesse avec laquelle l’abeille décrit le 8)

La direction du butin : l’angle que décrit le 8 par rapport au soleil et à la ruche indique la direction où se trouvent les fleurs (pourtant, elles ignorent tout du calcul de vecteur !)

Si on définit le langage au sens large (système de signes destinés à obtenir une communication), on est obligé de reconnaître un langage à l’animal.

 

Quelles sont les limites du langage animal ?

Le cri animal sert à :

Avertir d’un danger/ Assurer la protection du territoire

Renseigner sur une source de nourriture

Remplir un rôle d’appel lors de la période de reproduction

 

Ce langage est limité dans la mesure où il n’a qu’une fonction : la transmission d’informations, la communication d’un message : c’est le rôle informatif du langage

 

De plus, il n’y a là aucune place pour l’affirmation d’une singularité individuelle : le langage est l’expression d’une certaine situation : il dit quelque chose du réel (des circonstances) ; il ne dit rien de l’individu. Une abeille, par exemple, ne peut pas ne pas transmettre une information dont elle dispose (ou falsifier cette information : le mensonge est impossible…ce qui n’est pas le cas chez les chimpanzés) : absence de liberté

 

Preuve de l’intelligence des singes : les éthologues ont découvert des « conduites de mensonge » chez les singes : deux guenons, plus habiles que les autres dans la recherche de nourriture, sont suivies de près et régulièrement évincées par deux jeunes mâles qui s’emparent de la nourriture : elles ont modifié leur comportement : elles en viennent à faire semblant d’avoir trouvé à manger, et, quand les mâles s’affairent autour de la fausse cachette, elles se hâtent en direction de la bonne (repérée auparavant plus discrètement)

Ceci prouve l’intelligence des singes (femelles…)

Mais c’est une « conduite de mensonge » qui échappe au langage.

 

C’est un langage sans dialogue : le message transmis ne se communique que dans un sens (pas de « message retour ») : la réponse au message n’est pas un autre message mais une réaction : on sort tout de suite du langage pour l’action (butiner, copuler, fuir…)

 

Ce langage répond à un certain nombre de situations pour lesquelles la nature semble l’avoir prévu : il s’apparente à un instinct (pas d’apprentissage)

C’est un langage sans histoire : seulement un code inné, qui relève de l’hérédité biologique (la Nature : domaine de l’universel : le même pour l’abeille turque, polonaise ou japonaise/ la langue : un héritage culturel : particularité ; diversité : pluralité)

 

 

N.B : Ne pas considérer pour autant qu’il n’y a aucun acquis de l’animal : chez l’antilope, la peur devant l’homme armé se transmet à ses petits : si cette situation (exceptionnelle) se présente, les petits ressentent la peur de leur mère et s’en souviendront. Mais, en l’absence de cette situation, cet apprentissage ne se fera pas : l’antilope ne possède pas de langage : elle n’a donc pas le pouvoir de dire, en l’absence de l’expérience vécue, ce qu’il faudrait faire dans cette situation. A contrario, seul le langage humain peut transmettre une réalité qui « existe sur le mode du ne-pas-exister » : sur le mode du passé ou bien sur celui de l’imagination.

 

C’est ce qui explique que seul l’être humain peut profiter de la totalité de l’expérience des générations précédentes: l’information animale est toujours ponctuelle et n’existe que dans l’instant / les humains peuvent stocker (à l’infini !) l’information (notion en rapport avec cela : notion de progrès) : possibilité d’un enseignement, d’une transmission du savoir.

 

 

CONCLUSION :

Par commodité, on préfèrera parler de communication animale et réserver le terme de langage à l’humain.

Toute communication n’est pas langage.

Toute transmission d’information n’est pas parole.

 

Une autre question se pose donc à nous : quand on dit que la danse, que la musique, est un langage, est-ce une simple métaphore ?

Y a-t-il un « langage du corps » ?

Ceci nous met sur la piste d’un autre critère du langage humain : l’intentionnalité. Dans la mesure où l’érection ne peut pas ne pas dire le désir, où la rougeur de mon visage ne peut pas ne pas dire ma colère, est-on encore vraiment dans le langage ?

Le langagesuppose la capacité d’adresser intentionnellement des signes intelligibles.

Par rapport aux modes d’expression artistique, il convient de dire autre chose : l’ambiguïté du message est telle qu’on sort presque des limites du langage : sans le titre qui l’accompagne (« Symphonie du Nouveau monde », « Quatre saisons » : comment savoir quel est l’objet auquel la pensée du compositeur se rapporte ?)

Ainsi, sans liberté, pas de langage à proprement parler. Mais si la liberté est absolue, les conditions d’un vrai échange de sens ne sont pas remplies non plus.

 

 

 


Par Scipion l'Africain - Publié dans : Cours (notion)
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