Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 17:48

Méthodologie de la dissertation  philosophique       

 

Une dissertation = une démonstration verbale : on doit avoir l’impression d’être devant quelqu’un qui réfléchit + devant un raisonnement construit et qui progresse.

 

Travail préparatoire(une grande heure)

 

*Prendre la question au sérieux (une question précise : ne pas la diluer dans une notion : ne pas en faire un prétexte à la récitation du cours)

 

*Identifier le sujet : deux types de sujets :

ceux qui appellent une réponse par oui ou par non  (L’Homme est-il fait pour la liberté ?) : demandent un plan dialectique (antithèse-thèse-synthèse)

ceux qui échappent à ce type de réponse (Dans quelle mesure peut-on dire que l’homme est un animal ?) : les réponses possibles ne s’excluent pas mais s’approfondissent.

 

*Travailler sur la relation qui existe entre les concepts :

deux concepts de sens très proches : il faudra les distinguer (Suffit-il de communiquer pour dialoguer ?)

deux concepts de sens opposés : les rapprocher : (Peut-on forcer quelqu’un à être libre ?) : la question est paradoxale ; vous devez monter qu’elle a tout de même du sens.

 

*Repérer les mots principaux : explorer le champ sémantique

polysémie des mots (L’Homme a-t-il besoin d’avoir un maître ? : celui qui domine /celui qui enseigne) : choix à faire : garder les deux sens ou choisir.

synonymes, termes proches

expressions qui « font jouer » le sujet

antonymes : liberté/ aliénation ; liberté/esclavage ; liberté/déterminisme

 

*Des mots, passer aux notions impliquées par le sujet (Peut-on vivre heureux dans la solitude ? : autrui/ le bonheur)

 

*Trouver le domaine d’application du sujet : (L’Homme a-t-il besoin d’avoir un maître ?) : champ politique

 

*Trouver le présupposé de la question posée : (Où finit la technique, où commence l’art ? : deux domaines différents + une frontière floue + une hiérarchie implicite)(Le langage est-il un instrument ? une conception limitée, étroite du langage : le langage n’est-il qu’un instrument ?)

 

*Y a-t-il deux questions en une ? (Peut-on reprocher à une œuvre d’art de ne rien vouloir dire ? 1) est-il possible d’affirmer d’une œuvre d’art qu’elle ne veut rien dire ?

            2) est-ce nécessairement un reproche ?)

 

*Analyse des formes interrogatives : (Peut-on douter de tout ? : droit à, légitimité/possibilité)

 

*Paraphraser la question initiale : (Obéir, est-ce nécessairement abdiquer sa liberté ? La liberté et l’obéissance sont-elles strictement incompatibles ?) : travail de reformulation

 

*Quel est l’enjeu ? (pour qui, pour quoi y a–t-il des implications réelles à la question posée ?)

 

*Quelles parties du cours vais-je mobiliser ? Quels auteurs ?

 

*Faire le plan

 

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

1)Préambule

2)Problématique

3)Enjeu

(facultatif : annonce du plan)

4)Reprise de la question de l’intitulé

 

Il faut absolument amener le sujet ; cela signifie que l’introduction doit être écrite pour quelqu’un qui ne connaitrait pas la question posée. De plus, vous devez donner l’impression que la question vient de vous.

 

PREAMBULE

            C’est « l’accroche », ce qui doit, tout en amenant le sujet, retenir l’attention du lecteur. C’est un artifice presque journalistique.

Ne pas présupposer le sujet connu : il faut l’amener (ne pas commencer par :« cette question nous incite à… »)

4 pistes :

1) l’illustration : un exemple bien choisi (Peut-on vivre heureux dans la solitude ?: Robinson Crusoë / Adam et Eve) / une citation bien choisie (et expliquée)

2) l’exposé d’une opinion commune : (Un homme libre est-il un homme seul ? : la liberté va de pair avec l’indépendance)

3) la relativisation culturelle d’une évidence (La mort est-elle naturelle ? : dans nos sociétés, elle choque ; dans d’autres , elle est beaucoup mieux acceptée)

4) le rappel historique / l’actualisation (Peut-on reprocher à une œuvre d’art de ne rien vouloir dire ? : l’art abstrait, conceptuel, non figuratif)

 

Attention : ne pas partir dans des remarques de type océanique : « De tous temps les hommes… » « Depuis la nuit des temps… »

 

 

L’ENJEU

            Sur quel terrain, dans quel domaine, la question posée apparait-elle comme nécessaire ? (tant que vous ne trouvez pas cela, on sent l’élève contraint et forcé à un exercice obligé).

Qu’est-ce qui est « en jeu » ?

Quelles implications (et pour qui) selon qu’on réponde comme ceci ou comme cela à la question initiale ?

Quels sont les faits qui suscitent (ou qui actualisent) une telle interrogation ? (Peut-on reprocher à une œuvre d’art… ?): notre incompréhension, notre rejet face à une œuvre d’art abstraite)

L’homme est-il un animal ?

statut de la civilisation (légitimée ou mise en question)

bien-fondé ou non de nos espoirs de vie éternelle

statut des animaux (remise en question de notre droit à user et abuser d’eux si nous ne sommes nous-mêmes qu’animaux)

 

 

LA PROBLEMATIQUE

            Non pas une simple reformulation de la question posée (paraphrase).

Elle pose un problème d’ensemble (et un seul) qui assurera cohésion et unité au devoir.

Son but est de montrer qu’il y a quelque chose qui fait problème, quelque chose qui « coince » : quelque chose de difficile à penser…et donc, qui oblige à penser. Ainsi, la question n’apparait pas comme arbitraire.

Elle apparait sous la forme d’une contradiction :

« D’un certain côté, on peut penser que… » / « D’un autre, on peut soutenir le contraire »

la réponse spontanée (ce que tout le monde aurait envie de dire spontanément) : la thèse implicite / l’opinion commune

ses limites (une esquisse de contre-argument) : un élément qui la contredise.

(Peut-on être heureux dans la solitude ?)

1) tout seul, on est « bien tranquille », laissé en paix

2) être isolé, c’est être malheureux.

 

Sa formulation finale doit se faire sous la forme d’une alternative (phrase articulée autour d’un « ou bien »)

Quel rôle joue autrui par rapport à mon bonheur ? Autrui contribue-t-il à notre bonheur ou bien représente-t-il, au contraire, un obstacle à son accomplissement ?

N.B : On peut se servir d’une définition pour problématiser la question. Mais il faut prendre le terme dans le sens qui est pertinent par rapport à l’énoncé et s’en servir pour formuler le problème.

 

Attention : ne pas répondre dès l’introduction.           

 

 

 

LE DEVELOPPEMENT

L’idéal : trois parties ; trois paragraphes par partie

Chaque paragraphe : une idée + un argument + un exemple

 

1° partie : Antithèse : une position (défendable)…mais qui n’est pas la vôtre

transition : où vous marquez une des faiblesses de cette 1° thèse

2° partie : Thèse : une autre position, plus solide… mais pas irréfutable

transition

3° partie : Synthèse : vous proposez ici une solution qui permet de dépasser l’opposition des deux premières parties (c’est ici qu’on voit si votre travail a été fécond : c’est la réflexion que vous avez menée qui permet de dépasser la réponse spontanée que donnerait n’importe qui.)

 

N.B : Les deux premières parties sont opposées mais non pas incompatibles (aucune schizophrénie n’est exigée de la part de l’auteur de la copie)

Ex : (Le travail est-il le contraire du jeu ? : mauvais plan :

Le travail est le contraire du jeu

Le travail n’est pas le contraire du jeu)

 

 

 

*Comment utiliser les auteurs ?

Comme appui à votre réflexion : vous exprimez l’idée puis vous convoquez un auteur pour qu’il renforce votre idée (« C’est aussi le raisonnement de Descartes pour qui… »)

N.B : Le statut d’une citation est celui d’une illustration, pas d’un argument (ce n’est pas vrai parce que Descartes le dit : pas d’argument d’autorité)

Toute citation doit absolument être commentée.

 

 

 

LA CONCLUSION

         Elle n’est pas très longue et n’apporte rien de nouveau : elle se contente de faire le point sur les acquis les plus importants de la dissertation.

Sa mission principale : répondre clairement à la question de l’intitulé.

Par Scipion l'Africain - Publié dans : méthode
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